Première
par Thierry Chèze
Maryam Touzani (Le Bleu du caftan) connaît bien la rue Malaga, située dans le quartier espagnol de Tanger. C’est la ville où elle a passé sa jeunesse et où sa grand-mère andalouse a vécu des années. Et la ville qu’elle a choisie pour développer ce portrait d’une octogénaire qui, se pensant arrivée dans la dernière ligne droite de son existence, va retrouver une jeunesse qu’elle n’avait sans doute jamais vécue. Cette femme s’appelle Maria. En quelques scènes, on comprend qu’elle est la reine de cette rue et qu’il lui est inenvisageable d’imaginer vivre ailleurs. Jusqu’au jour où sa fille, tout juste divorcée, vient lui annoncer qu’étranglée financièrement, elle doit vendre cet appartement et tous les meubles pour se sortir la tête de l’eau.
Rue Malaga se concentre sur les conséquences de ce geste. La manière dont Maria va refuser le déménagement à Madrid pour résister, se réinstaller en douce dans son appartement et racheter un à un tous ces meubles. On se doute que tout ça n’aura qu’un temps. Mais il y a de la malice dans la manière dont la cinéaste développe cette parenthèse enchantée, à l’intérieur de laquelle cette femme libre va se reconnecter à ses désirs et vivre une histoire d’amour qu’elle n’attendait plus. La manière sensuelle dont Touzani filme l’intimité sexuelle de ces octogénaires, laissée habituellement hors champ fait un bien fou. Tout comme sa capacité de ne pas verser dans la facilité en condamnant la fille pour célébrer la mère, rappelant que la liberté de l’une empiète forcément sur celle de l’autre. Et le choix de confier Maria à l’irrésistible Carmen Maura n’a rien d’anodin. Il y a du Almodovar – dont elle a été une des muses – dans sa personnalité comme les couleurs rouge-oranger qui dominent son univers. Une influence assumée et jamais écrasante.