Toutes les critiques de Romería

Les critiques de Première

  1. Première
    par Gael Golhen

    Avec Romeria, la cinéaste espagnole Carla Simón poursuit son travail intime sur la mémoire familiale. Mais cette fois, son cinéma regarde moins l’enfance que ce qui la précède : les parents, leur histoire, et tout ce qui reste dans l’ombre quand on grandit.

    Marina a une vingtaine d’années. Elle veut faire du cinéma et filme tout à travers sa petite caméra. Elle débarque un jour en Galice pour rencontrer la famille de son père, mort du sida alors qu’elle était encore enfant. La grande maison lui semble étrange, même si elle devrait s’y sentir à sa place. Elle ne connaît presque pas ses oncles et tantes et ils ne savent pas non plus quoi faire d’elle, ni comment lui parler. Entre les repas de famille, les souvenirs racontés à demi-mot et les silences gênés, la jeune femme va tenter de recomposer l’histoire de ses parents - une histoire dont il ne subsiste que des bribes.

    Simón filme cette quête avec une grande douceur. Fidèle à son style enveloppant, elle privilégie les scènes collectives, les gestes anodins, les moments suspendus. La caméra circule entre les visages, s’attarde sur un paysage, et capte un rire ou un malaise. Le récit progresse moins par révélations que par sensations. On comprend vite que la vérité restera incomplète - et le film se construit justement dans cet espace indécis et manquant.

    Ce refus de la démonstration et de la logique narrative peut parfois donner au film un rythme flottant. Mais c’est aussi ce qui fait son charme. Romería avance comme un souvenir que l’on tente de saisir : par fragments, par impressions et par éclats. Au fond, ce que Simón tente de révéler en suivant Marina, ce sont les héritages invisibles. Et la manière dont on apprend à vivre avec des histoires qui ne nous ont jamais été racontées.