Le dispositif est connu. Un type se réveille dans un vaisseau, la mémoire en morceaux. Il est seul. Et progressivement, il comprend : il a une mission. Sauver la terre voire - et pourquoi pas ? - l’univers. Dans Projet Dernière chance, c’est donc Ryan Gosling qui flotte à des années-lumière. Rassurez-vous, il reste solidement arrimé à ce qu’Hollywood fait de mieux : du grand spectacle malin, calibré et tout de suite très séduisant. Dès l’ouverture, le film impose son high concept : Gosling est un prof de sciences amnésique. Il est embarqué pour une mission suicide. Et le soleil est en train de crever. C’est le genre de pitch qui sent bon l’IMAX et le popcorn. De fait, ça fonctionne très vite. C’est rythmé, drôle, et souvent ingénieux. Et piloté par le tandem Lord et Miller c’est une machine à divertissement parfaitement huilée; typiquement le genre de truc que Hollywood ne nous offre plus assez ces temps-ci.
La vraie trouvaille, c’est la dynamique improbable entre l’homme et l’extra-terrestre (un caillou rebaptisé Rocky). Quand le side-kick débarque, le film bascule dans une sorte de buddy movie cosmique, porté par un Gosling ultra-charismatique. Il est tellement swag qu’il rend donc touchante sa relation avec la créature bizarre. Là, clairement, le film décolle. On rigole, on s’attache, et contre toute attente, l’émotion surgit. À la manière de Seul sur Mars, le récit enchaîne ensuite les problèmes scientifiques et les solutions brillantes; le tout avec une fluidité ludique. C’est dense, mais pas aride. Sérieux, mais toujours accessible.
Ca devrait être irrépressible. Pourtant, sous la surface impeccable, quelque chose résiste. Le film donne parfois l’impression de trop bien savoir ce qu’il est. Et à force de cocher toutes les cases, à force surtout de précision, on finit par frôler l’artificialité. D’ailleurs, la mécanique narrative finit par se voir. Problème, tension, résolution. Présent, passé, solution. La boucle est efficace, mais répétée ad aeternam, elle devient prévisible et lassante. Le suspense s’en trouve légèrement émoussé, comme si le film refusait vraiment de se mettre en danger. Même chose du côté du personnage principal : introduit comme un scientifique fragile, presque dépassé, il glisse progressivement vers une figure plus classique, moins ambivalente, et plus héroïque. La misanthropie diffuse du personnage, son rapport égoïste au monde, cette manière d’être toujours légèrement à côté ou même dans le refus - tout est là, mais en surface. On devine des failles, des zones d’ombre, des choses qui pourraient fissurer la trajectoire. Mais le film refuse de les creuser, préférant lisser plutôt que fissurer.
Reste un film spectaculaire (la séquence d’action en orbite est phénoménale), souvent marrant, et porté par une véritable envie de mêler hard science et blockbuster. Project Dernière chance séduit sans effort, mais laisse quand même surtout l’impression d’un programme parfaitement exécuté.