Première
par Frédéric Foubert
Les Anglo-Saxons ont cette expression idiomatique : « Be careful what you wish for ». Quelque chose comme « prends garde à tes désirs ». Une mise en garde qui résonne dans des centaines d’histoires mettant en scène des vœux magiques et leurs conséquences plus ou moins tragiques, du conte d’Aladdin au classique horrifique La Patte de singe. C’est un trope, un « truc » de fiction vieux comme le monde, ici superbement réinventé par Curry Barker, petit génie de la frousse et de la comédie révélé par la chaîne YouTube « that’s a bad idea ».
Obsession est son premier long-métrage « professionnel ». L’histoire de Bear, un type pas très à l’aise socialement, qui n’arrive pas à déclarer sa flamme à Nikki, la fille de ses rêves, et finit par demander à un mystérieux bâtonnet de la marque « One Wish Willow » que son crush l’aime « plus que tout au monde ». Le vœu se réalise et c’est l’amour ouf, littéralement : Nikki, manifestement possédée, n’a plus d’yeux que pour Bear, au point que ça en devient très, très inquiétant… Mais n’en disons pas trop. L’intrigue est minimaliste et le plaisir monstre que procure cette fable malicieuse sur l’emprise et le consentement tient justement dans son art de la concision. Curry Barker a gardé de ses vidéos YouTube un fabuleux sens de l’ellipse et une science du montage infernale. Il sait instaurer un climat d’angoisse, faire monter la pression, laisser durer une scène jusqu’à l’explosion – un effet sonore outrancier, un cut brutal, un flash de violence choc ou un cri tétanisant de son actrice (la stupéfiante Inde Navarrette). Obsession est cet oiseau rare : un film ultra-buzzé en festival (de Toronto à Sitges) et qui tient toutes ses promesses à l’arrivée. Comme un vœu qui se réalise, oui.