Toutes les critiques de Michael

Les critiques de Première

  1. Première

    Vous avez le sentiment d’être au cinéma. Normal, vous avez payé votre place, validé votre carte, choisi votre siège, acheté votre pop-corn. Mais vous êtes ailleurs, dans une sorte de dimension parallèle, un facsimilé de film, mi hologramme, mi Pathé live, où signaux et enjeux se fracassent les uns contre les autres. Il faudrait réussir le biopic d’un homme à la fois idolâtré et ultra-controversé mais sans ne fâcher personne, en respectant les vivants, les morts, les victimes et les accords passés avec elles, les fans, les ayants-droits, les souvenirs des uns, des autres et de tout un chacun. Il faudrait séparer l’homme de la musique, alors que le concept même d’une biographie filmée, surtout celle d’un génie pop, est théoriquement de les réunir, comme les deux faces d’une même pièce. Le pari du film, aussi bien commercial qu’artistique, semble avoir été de jouer les signes de reconnaissance, le mimétisme, la copie la plus conforme possible à la trace du performer dans l’inconscient collectif (jusqu'à la tournée Bad, en 1987), et de se dire que si l’on parvient à s’approcher assez près d’une reproduction parfaite (ce qui est souvent le cas ici), alors celle-ci pourra se substituer à l’original en toute sécurité, comme un clone apprivoisé. Sous les traits de Jafaar son neveu, Michael Jackson est un génie doux et rien d'autre, ami des animaux, des malades du cancer, de sa maman, de ses frères, de son garde du corps et de son manager. Il aligne les tubes planétaires que tout le monde adore, ne fait pas de mal à une mouche et réalise le moonwalk à la perfection. La meilleure version de lui-même, comme dirait The Substance. Laissez vous aller. Vous êtes presque au cinéma, presque devant un film, presque devant vos souvenirs de jeunesse. C’est presque ça. Presque.

    Paul Firmin