Première
par Thomas Baurez
Le cinéma est surtout une affaire de rythme, le souffle de la mise en scène se doit de créer une tension permanente (images et sons confondus) A première vue cet énième adaptation de Simenon au cinéma pourrait sembler, au mieux, singulière, au pire, ringarde. « Je n’aime pas les faux rythmes » balance d’emblée un personnage. Maigret (Podalydès, sympa) lui répondra plus tard par un : « J’ai mon rythme », histoire d’affirmer sa toute puissance : le film, c’est lui ! Simenon champion de l’orfèvrerie composait des phrases dont l’apparente neutralité était démentie par le souci du détail, la justesse de l’observation, propres à réveiller un dimanche pluvieux, un personnage prostré dans ses convenances. Pascal Bonitzer est au diapason. Il fait de l’ellipse un gage d’épure stylistique, les mots sont les seuls muscles d’une action dissimulée par on-dit et non-dits. Une hésitation, un égarement fugitif, une sonnerie, la couleur d’une toile…, font vibrer un espace resserré. Et si son Maigret, comme tous les esprits en surchauffe déductive, fait mine de piétiner, il va pourtant vite. Très vite même. Le long-métrage dure une heure vingt montre en main. Un crime a été commis au sein d’une belle société à l’écart d’à peu près tout à commencer par l’époque, les années 2000 sont ainsi filmées comme un décalque étrange des fifties. Ce monde figé se retrouve soudain pétrifié par des secousses qui le précipitent dans un réel auquel il ne pensait pas appartenir. Vertu du polar que de faire de l’inspecteur la courroie de transmission entre des univers à priori irréconciliables. La machine à histoires impose dès lors sa sordide cadence, le tout lové dans une lumière chaude fantastique. Ça joue au cordeau (Anne Alvaro démente) laissant le voile des certitudes flotter dans un air de plus en plus raréfié.