Première
Pour un peu, on donnerait à Aniera, 17 ans, le bon Dieu sans confession. Elle a de grands yeux sombres, des joues rondes, une voix d’ange qu’elle exerce sur les bancs de la chorale du lycée et un air mélancolique. Elle a aussi cette foi en Dieu, en l’Eglise catholique, qui l’anime autant qu’elle l’interroge. Au point de lui inspirer une carrière de religieuse, n’en déplaise à son père (Miguel Garcés), veuf en reconstruction dépassé par cette crise d’ado peu ordinaire. Ou à sa tante, farouchement athée, et portée par une Patricia López Arnaiz dont la fièvre sceptique éclipse parfois la jeune Blanca Soroa. Car c’est bien sur celle-ci, sur la candeur sincère qui se dégage de ses traits juvéniles, que repose cette réflexion contemplative presque métaphysique.
L’intérêt de ce film tient surtout à sa mise à jour rafraîchissante d’un marronnier cinématographique souvent associé au genre horrifique, à un Moyen-Âge poussiéreux ou à quelques rites macabres. Raconter les prémices de la vocation chez une adolescente de la Gen-Z, produit d’une société occidentale où le doute a pris le pas sur le dogme, n’avait ainsi rien d’évident. Et si la réalisatrice espagnole Alauda Ruíz de Azúa réussit à éviter les écueils d’un tel exercice – sans parvenir, toutefois à s’épargner quelques longueur évitables –, c’est qu’avec Les Dimanches, elle ouvre surtout un nouveau chapitre de son étude de la féminité, commencée dans son premier long-métrage, Lullaby (2022), et prolongée dans sa série Querer (2024). Entre initiation au Mystère et pulsions adolescentes, la notion de “corps” prend le pas sur celle de “foi” – c’est le corps de la jeune femme contre le corps de la congrégation, l’individualité intéressée contre l’abnégation du collectif. Habile conversion.
Chloé Delos-Eray