Toutes les critiques de Le Mage du Kremlin

Les critiques de Première

  1. Première
    par Frédéric Foubert

    Sonder les mystères de l’âme russe avec des stars internationales parlant anglais ? C’était déjà l’une des erreurs du récent Limonov, la ballade, portrait de l’écrivain anar’ Edouard Limonov par Kirill Serebrennikov. Ce paradoxe est de nouveau au cœur du Mage du Kremlin, adaptation par Olivier Assayas (avec un coup de main d’Emmanuel Carrère au scénario) du livre de Giuliano da Empoli racontant la lente consolidation de l’autoritarisme poutinien. Jude Law a beau être plutôt bon dans le rôle de Poutine, on ne peut pas s’empêcher de penser que tout ça sonne faux. Il faut dire aussi que le ton très monocorde qu’emploie Paul Dano (le « mage » du titre, éminence grise du Kremlin), dans la longue confession qui sert de fil rouge au film, n’aide franchement pas celui-ci à décoller. Le Mage du Kremlin est une succession de scènes didactiques et bavardes, entrecoupées de cartons indiquant scolairement quel événement historique va être abordé lors des vingt minutes suivantes (Révolution orange, annexion de la Crimée…), et parsemées d’aphorismes sur la Russie et le pouvoir, tous énoncés d’un ton pénétré. Assayas ne retrouve pas ici l’énergie qui propulsait son Carlos, autre gros film-dossier qui avait pour lui de jouer la carte du thriller et de l’action, plutôt que celle des conversations feutrées entre spin doctors en costard-cravate. On a parfois l’impression devant Le Mage du Kremlin de regarder un digest (d’une durée de 2h36 tout de même) d’une mini-série standardisée, répondant aux canons d’un storytelling globalisé et impersonnel.