Première
Les productions irakiennes ne sont pas légion dans le paysage cinématographique international ; encore moins celles qui s’aventurent dans la région des marais, au sud du pays. Là-bas, au début d’années 1990 marquées par la guerre du Golfe, le quotidien de Lamia – d’ordinaire bercé par le glissement de la barque de sa grand-mère sur les eaux encerclant son village – est bouleversé par un petit bout de papier. La fillette a été tirée au sort : cette année, elle devra confectionner le traditionnel gâteau d’anniversaire de Saddam Hussein pour la fête de l’école. Un honneur selon son professeur ; un drame pour le précaire équilibre économique de son foyer.
Il y a quelque chose du néoréalisme italien, du Païsa de Rossellini ou du Sciuscià de Vittorio de Sica, dans cette errance à hauteur d’enfant, cette découverte des fissures d’une nation, de son peuple et de ses institutions par le prisme d’un regard juvénile. Qu’ils sont grands, vrais et innocents, les yeux de la jeune Baneen Ahmad Nayyef, dont le jeu instinctif porte l’élan de cette quête de l’impossible, à la recherche d’ingrédients pourtant si rudimentaires. Au gré des rues de Bassora tapissées de portraits de Saddam, Hasan Hadi, lui-même Sud-Irakien d'origine, signe un premier long-métrage instinctif en forme de récit d’apprentissage déchirant.
Chloe Delos- Eray