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La Jetée, 1962, monument cinématographique de Chris Marker, court métrage vertigineux hommage à Sueurs froides ayant lui-même inspiré Terry Gilliam et son Armée des douze singes. Le film composé d’images arrêtées plonge un homme dans des failles spatio-temporelles faisant de lui le témoin de sa propre mort sur la jetée d’Orly. Que montre au juste ce « cinquième plan » qui donne son titre à ce documentaire ? Une vue de dos en noir en blanc d’un couple avec enfant accroché à la barrière face aux pistes d’atterrissage. Un cousin de Dominique Cabrera est persuadé s’être reconnu dans le bambin du cliché. Il faut donc scruter l’image, se (re)plonger dedans jusqu’à y voir les possibles traces de soi-même. Opérer en somme l’identique projection physique et mentale du héros de La Jetée incarné par Davos Hanich, né – tiens, tiens ! - dans la même commune algérienne qu’une partie de la famille de Dominique Cabrera et qui ressemble à s’y méprendre à… (no spoiler !) C’est l’occasion pour la cinéaste de sonder sa propre histoire familiale et le douloureux retour à Paris de français d’Algérie. 1962, c’est aussi le tournage du Joli mai de Marker et Pierre Lhomme qui encapsule les premiers feux de la fin de la guerre coloniale. Au-dessus de ce passionnant exercice réalisé avec une intelligence rare plane bien sûr « l’ombre » Marker dont Cabrera assume se « mettre ses pas » et lui permet d’explorer la puissance miraculeuse d’un cinéma qui fixe le temps pour en révéler l’irréversible fuite en avant. Une expérience puissante.


