Première
Quelques mois seulement après la sortie en fanfare de L’Inconnu de la Grande Arche, revoilà Stéphane Demoustier dans un registre plus confidentiel. Il adapte librement le roman de Victor Jestin, renouant par la même occasion, avec les fondements de La Fille au bracelet (2020), observation déconcertante du spécimen adolescent. Rebelote donc, mais contrairement à son film de procès, tout se passe ici en extérieur, dans ce camping des Landes que le protagoniste, silhouette longiligne couronnée de boucles brunes, arpente sans relâche, en long, en large et en travers – huis clos à ciel ouvert.
Merouane, 17 ans, est préoccupé. La fin de l’été se profile et avec elle, le départ de la jolie Giulia. Et puis il y a ce corps sans vie ; celui qu’il a enterré sur la plage – menace sourde, asphyxiante. Presque autant que l’atmosphère moite, que le soleil blanc, dont les rayons sont aussi accablants que la culpabilité fiévreuse qui, par vagues, le ronge. L’esthétique est recherchée, lourde de sens, et sauve le film de l’âpreté de son propre dispositif. C’est qu’on ne sait jamais très bien quoi penser de l’adolescent et de ses (ré)actions, tant son apathie est antipathique, tant la monotonie de ses errances est assommante, tant son introversion est aride. Parfois, langueur rime un peu trop avec torpeur.
Chloé Delos-Eray