Toutes les critiques de L'Objet du délit

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thierry Chèze

    On attendait avec impatience le nouveau film d’Agnès Jaoui. Parce que, pour la première fois depuis ses débuts de réalisatrice avec Le Goût des autres (2000), elle est restée 8 ans sans tourner. Parce qu’il s’agit de son premier film depuis la disparition de son complice de toujours, Jean-Pierre Bacri. Mais aussi parce qu’elle a choisi d’aborder un sujet où, sur le papier, il n’y a que des coups à prendre : le mouvement Metoo. En l’occurrence les coulisses d'une production de l’opéra "Les Noces de Figaro" où les tensions montent à l’intérieur des membres de l’équipe lorsqu’éclate une accusation d’agression sexuelle, forçant chacun à prendre position. Agnès Jaoui propose ici non sans ambition de mettre de la nuance et des doutes là où les plus farouches opposants des deux camps s’affrontant sur cette question n’ont que des certitudes. Le tout en l’assumant à 100% car elle endosse elle-même le personnage de la cantatrice qui s’oppose aux féministes qui veulent canceller le coupable avant tout passage devant la justice. On retrouve ici tout ce qui fait le sel du cinéma de Jaoui : cet humour mordant mais jamais moqueur, ce regard au scalpel sur la société qui l’entoure, un sens du casting mêlant différentes familles de cinéma sans esprit de chapelle : Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust, Oussama Khedam… tous irrésistibles. Nulle place ici pour un discours lénifiant. L’Objet du délit dresse le constat qu’à l’image de la gauche française, il existe sans doute aujourd’hui deux féminismes irréconciliables. Le tout sans en faire une thèse mais en trouvant toujours le ton juste de la comédie pour raconter les petits travers et grandes lâchetés qu’une telle situation provoque. L’Objet du délit ne fera pas l’unanimité. La meilleure preuve que sa réalisatrice a touché juste