Première
par Thierry Chèze
On a découvert le cinéaste algérien Karim Moussaoui en 2017 avec son premier long, En attendant les hirondelles, passé par la case Un Certain Regard à Cannes, radiographie passionnante et tout en finesse de l’Algérie d’aujourd’hui à travers trois récits entremêlés. Avec L’Effacement, présenté ici en compétition, Moussaoui poursuit ce travail en enfonçant le clou. Cette adaptation d’un roman de son compatriote Samir Toumi (publié en 2016) raconte une génération sacrifiée, celle des fils dont les pères n’ont eu de cesse d’être glorifié par l’Etat algérien au nom de la construction nationale alors qu’ils ont dévoyé l’espoir, le sens et les valeurs portés par la décolonisation. Tel est le cas de son personnage principal, Reda (Sammy Lechea, remarquable), employé de la plus grande entreprise d’hydrocarbures du pays dirigé par son père, riche, froid et autoritaire. Un homme puissant et écrasant qui exerce sur lui une emprise telle que le jour de sa mort, Reda, passant devant un miroir, découvre… que son reflet a totalement disparu. Et c’est en se parant de fantastique que cette chronique sociétale et générationnelle prend tout son relief, créant à l’écran un climat de tension trouble, intriguant et par ricochet passionnant. Seul espace possible, car déconnecté de la réalité, pour permettre à Reda de tenter de se libérer d’un poids menaçant de lui coller aux basques jusqu’à la fin de ses jours : l’incapacité d’être à la hauteur parce que né trop tard pour participer à la guerre d’indépendance.