Première
par Thierry Chèze
Juste pour une nuit. Le pitch intriguant de cette comédie romantique est tout entier contenu dans son titre. Une dystopie dans laquelle le gouvernement américain a fait passer une loi interdisant toute relation sexuelle avant le mariage… sauf le temps d’une seule nuit ! Celle dans laquelle se déroule donc l’action de ce nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi…) et où Owen et Allie vont se croiser, tomber en un clin d’œil fou amoureux l’un de l’autre avant que, principe de base de toute comédie romantique, les obstacles, maladresses et mésaventures en tout genre s’accumulent pour les éloigner. Alors que, tels deux aimants, ils ne peuvent finir que par se retrouver.
On a beau connaître le programme. Juste pour une nuit séduit par son charme car il s’appuie sur ce qui, une fois encore constitue un ingrédient central de toute comédie romantique digne de ce nom : l’alchimie très chien-chat absolument irrésistible entre son duo de comédiens. Révélée en Joan Baez aux côtés de Timothée Chalamet/Dylan dans Un parfait inconnu (2024), Monica Barbaro illumine et dynamite l’écran pour son premier rôle en tête d’affiche d’un film de studio. Et elle trouve un relais parfait dans le naturel et le charisme tranquille de Callum Turner (Les Animaux fantastique) impeccable en jeune homme fragilisé par une rupture qui ne pouvait pas tomber pire soir, sa compagne (Maya Hawke) ayant décidé de coucher avec un autre.
Un charme indéniable donc d’autant plus que Gluck tisse un scénario redoutablement efficace dans la gestion des éloignements et rapprochements des deux tourtereaux. Et pourtant on reste sur sa faim. Car bien qu’il en joue dans ses rebondissements, Gluck aurait vraiment dû aller plus loin dans ce que signifie et implique son pitch de départ à la The Purge. Aurait gagné à s’aventurer sur un terrain sociétal et politique tout sauf tiré par les cheveux quand on connaît précisément la propension des régimes autoritaires à vouloir réguler la vie sexuelle des gens. Un peu plus de Servante écarlate n’aurait pas nui à ce Juste une nuit où Gluck semble ne jamais vraiment oser se confronter directement aux pistes et aux réflexions que son sujet ouvre. A l’image de son parti pris de ne jamais prendre à bras la corps la question de la représentation de la nudité (il a même expliqué avoir volontairement tout coupé au montage, certain que cela ferait sortir les spectateurs du récit…) pourtant au cœur même de son propos qui témoigne d’un puritanisme latent totalement hors sujet. Dommage