Toutes les critiques de Jim Queen

Les critiques de Première

  1. Première
    par Gael Golhen

    Jim, icône gay et gloire des salles de gym parisiennes, contracte l'Hétérose et perd tout : ses abdos, son aura, ses followers. Si le virus se propage, il risque même de finir par embrasser une fille - l’angoisse ! Aidé de Lucien, jeune gay qui n'a pas encore fait son coming out, Jim part à la recherche de l'antidote. Une certitude : vous tenez là la Palme Queer. Mais Jim queen est un peu plus que ça. Bobbypills (la boîte de prod à qui l'on doit les séries animées Les Kassos, Peepoodo ou le très queer Crisis Jung) passe au long métrage. Et le studio a décidé de ne pas renier sa griffe (trash et satirique) pour autant : Christine Bayer est une ministre homophobe (Boutin plus le labo à l’origine du scandale du sang contaminé : le nom est un programme), on découvre une brigade anti-homos rebaptisée Gaystapo, des drag queens en sentinelles ou des labos pharmaceutiques pourris… Ne partez pas : si ça sent le tract militant à plein nez, le film ne se prend jamais les pieds dans son cahier des charges activiste. D'abord parce que l'écriture et la mise en scène privilégient l'impact et la crudité de gags que n'aurait pas reniés Plympton (la séquence folle du labo cradingue). Mais surtout parce qu'il y a de l'émotion. Le cœur du film, c'est autant les blagues culs de Jim que le cheminement de Lucien, jeune gay encore planqué, qui apprend à s'assumer en accompagnant son idole déchue. Et l'animation élastique, obscène et joyeusement régressive, puise avec délice dans le cartoon adulte américain et dans une tradition française qui s'assume enfin. Moralité : le kitsch et le rire sale peuvent encore être des armes de libération. Et face à la régression réac, il vaut peut-être mieux un gaydar et un dessin animé débridé qu'un tract triste et mal maquetté.