Première
Jeunesse en survie, le premier long-métrage de l'Ukrainienne Kateryna Gornostai, sacré Ours d'argent lors du dernier festival de Berlin, s’inscrit pleinement dans un genre. Celui du teen movie. Mais un teen-movie voluptueux, sans pom-pom girls ni cheerleaders, qui fait la part belle aux lents mouvements de caméra, si délicats, aux plans serrés sur des visages à fleur de peau, aux chambres d’ado colorées comme aux salles de classe plutôt fades, aux tchats sur Instagram comme aux scènes de slow et de techno au bal de fin d’année. Le film raconte les émois de plusieurs lycéens ukrainiens, à l'aube de l'âge adulte et des études supérieures, tous réunis dans la même classe. À mesure que le film avance, un trio d’amis, un peu marginaux, surtout inséparables, se détache du film et éblouit l’écran. On observe leurs déboires, leurs sentiments, cette sensation troublante d’être ado. Et ce, sans jamais aborder la question de la guerre en Ukraine frontalement, renforçant de fait son universalité. Originalité du film, les adolescents livrent par moments leurs questionnements (tourments) face caméra, dans des scènes d'entretien individuel avec l’équipe du film. Tout y passe, l'avenir, le sentiment amoureux, celui amical, les parents, la culpabilité, la solitude, l'anxiété (serait-ce la dépression ?). La réalisatrice brouille les pistes. On se sait plus trop bien si ce sont les vrais adolescents qui parlent ou leurs personnages. La fiction se donne alors des allures de documentaire. Et trouve un écho politique singulier dans le contexte actuel. Pour le meilleur.