Toutes les critiques de Hayat

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thierry Chèze

    Ne vous laissez impressionner par sa durée ! Il en va du nouveau long métrage du cinéaste turc Zeki Demirkubuz (le premier à être distribué en France) comme des œuvres de son compatriote Nuri Bilge Ceylan. Le temps y participe à la puissance de ce qui est raconté et permet de creuser les personnages et les situations, pour éviter d’enfoncer les portes ouvertes. Hayat est l’histoire d’un mariage arrangé auquel la future épouse, Hicran, a décidé d’échapper en quittant son petit village pour tenter de refaire sa vie à Istanbul. L’entame du récit la laisse hors-champ et se concentre sur l’époux éconduit, Riza qui, raillé par ses proches, décide de partir à sa recherche. Ce geste symbolise le parti pris du cinéaste de ne pas tout expliquer, ni dans les motivations de Riza ni dans les choix en apparence contradictoires que ne va cesser de faire Hicran. Cette approche volontairement antidramatique conduit aussi très subtilement à ne pas montrer directement la violence – physique et morale – vécue par Hicran mais de donner à voir le regard et, souvent, les non-réactions de celles et ceux qui en sont les témoins. La meilleure des manières de dévoiler peu à peu la prison sans barreau mais fermée à triple tour dans laquelle évolue Hicran. Une fresque aussi implacable qu’étouffante sur les ravages du patriarcat à l’œuvre dans la société turque.