Toutes les critiques de Green line

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thomas Baurez

    La guerre civile au Liban (1975 – 1992) aura divisé sur près de deux décennies une population fragmentée selon sa religion, ses combats politiques ou ses origines. Près de 250 000 morts au total dont une grande part de civils. L’un des points d’orgue aura été le massacre du camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila par les phalangistes chrétiens. La ville de Beyrouth a été séparée par une zone verte (green line) sorte de couloir de la mort jonché d’une nature sauvage et de corps ensanglantés. Fida, l’héroïne de ce documentaire, née en 1975 à Beyrouth, est donc une enfant de la guerre. Elle se souvient notamment de cette sortie d’école où, seule, elle s’est retrouvée nez à nez avec le fusil d’un combattant. Traumatisme qu’elle essaie de convertir aujourd’hui en force de vie et de réflexion. A l’aide de maquettes et de figurines qui évoquent le travail de Rithy Panh pour son Image Manquante (2013), elle cherche à comprendre l’impensable en interrogeant d’anciens combattants de cette guerre. Le présent et l’archive se répondent également pour mieux établir ce lien douloureux qui mène jusqu’à notre époque fracturée. « Je me suis intéressée à la guerre en Yougoslavie… », explique une témoin, « … le peuple là-bas a vécu quelque chose de similaire, à ceci près que contrairement à nous, eux, ont jugé les coupables. » Au Liban, le processus de réparation n’a donc jamais vraiment eu lieu. La parole demeure orpheline donc sans écho. C’est tout le mérite de ce formidable film que de rendre enfin possible un dialogue.