Il y a deux manières de voir ce film. La première : un blockbuster de SF déglingué, un peu long et un peu bavard. La seconde : un objet pop joyeusement anarchique qui ressemble à un Terminator réécrit par Charlie Brooker après trois RedBull et une crise existentielle sur ChatGPT. Gore Verbinski réussit les deux à la fois. Le pitch tient sur un coin de table de diner : un voyageur du futur (Sam Rockwell en prophète punk) débarque dans le présent pour recruter une bande de paumés et empêcher une intelligence artificielle de provoquer la fin du monde. A partir de là, le film devient une course folle qui slalome entre satire techno, buddy movie et apocalypse geek, propulsée par des références évidentes (de Terminator 2 à Matrix en passant par Gilliam). Pourtant, le vrai carburant est ailleurs : c’est Rockwell. Hirsute, ironique, au bord de la rupture, il joue son messie temporel comme quelqu’un qui aurait trop vu l’avenir pour rester poli. Chacune de ses apparitions injecte un mélange de panique et d’humour qui rappelle que Verbinski reste l’un des rares réalisateurs capables de faire de la parano technologique un vrai spectacle. C’est peut-être ça le problème d’ailleurs : Good Luck… avance à l’excès. Les idées arrivent plus vite qu’elles ne sont digérées, certains personnages disparaissent comme ils sont apparus et le dernier acte transforme la satire en simple bataille SF. Comme son perso principal, le film zigzague et s’emballe. Tout ne tient certes pas, mais l’ensemble garde une qualité rare : l’impression d’être bricolé à la main, avec des intuitions et des accidents. L’apparition de Rockwell dans le diner - scène à la fois cheap et magnifiquement chorégraphiée - suffit à rappeler ce que peut être un cinéma qui pense encore en termes de mise en scène. Alors autant suivre ce guide intergalactique.