Toutes les critiques de Faussaire

Les critiques de Première

  1. Première
    par Christophe Narbonne

    Avec un tel sujet, Milos Forman, le roi du biopic aurait à coup sûr accouché d'un film à Oscar, dense et complexe. L'impersonnel Lasse Hallström se borne, lui, à illustrer les faits de façon appliquée. Ses limites apparaissent lorsqu'il s'agit d'autopsier la folie rampante du bonhomme ou de développer des théories vertigineuses. Reconnaissons-lui tout de même un mérite, rayon direction d'acteurs: Richard Gere a rarement été aussi consistant.

  2. Première
    par Eve Gimenez

    Trente ans après sa mort, Howard Hughes fascine toujours… Il y a deux ans à peine, l’Aviator de Scorsese retraçait la vie du milliardaire. Avec Faussaire, Lasse Hallström continue à alimenter la légende du célèbre aviateur à travers la fausse biographie écrite par Clifford Irving (Richard Gere). Tour à tour menteur, séducteur et comique, le comédien traduit à la perfection les multiples facettes de cet écrivain médiocre. On prend un malin plaisir à être dans la confidence de l’une des plus grosses escroqueries de la fin du XXe siècle. La grande prouesse du film de Lasse Hallström est de tenir le spectateur en haleine grâce aux nombreux rebondissements. Tout comme l’affaire Irving, trente ans auparavant.

Les critiques de la Presse

  1. Télé 7 jours
    par Julien Barcilon

    Dans le rôle du génial mystificateur, Richard Gere, impeccable, redore en beauté son blason. Passionnant, drôle, mis en scène avec son, ce Faussaire a tout d'une toile de maître.

  2. Le Monde
    par Thomas Sotinel

    Le moindre mérite de Faussaire est de rappeler que les frontières entre information, divertissement et lucre ont toujours été perméables, et qu'au moment où Carl Bernstein et Bob Woodward s'apprêtaient à faire tomber la présidence des Etats-Unis, d'autres préféraient berner, activement ou passivement, lecteurs et abonnés.
    Mais la vraie raison d'être de ce film d'une étonnante vivacité (Lasse Hallström avait habitué à des rythmes plus compassés), c'est de précipiter un acteur dévoré par la soif du jeu dans un scénario à la hauteur de cet appétit. Richard Gere mélange vulgarité et séduction, invention et conformisme.

  3. Pariscope
    par Virginie Gaucher

    Une histoire séduisante, par le charisme de son héros d’abord, Clifford Irving, qui fait revivre un fantôme, le phagocyte, finit par sombrer dans les mêmes délires. Par l’innocence des commanditaires, fascinés par le mythe au point de gober tout cru et très naïvement les belles histoires de l’oncle Clifford. Par la mise en scène rigoureuse et le parallèle intelligent entre un flamboyant menteur et son époque, celle d’un Nixon super menteur et d’une guerre au Vietnam cachant ses soldats morts. Richard Gere qu’on n’avait pas vu aussi convaincant, voire habité, depuis longtemps.

  4. Paris Match
    par Christine Haas

    Fasciné par une escroquerie transformée en acte créatif et par un imposteur présenté comme un artiste aussi amoral que charismatique, Lasse Hallström transforme cette authentique aventure en thriller paranoïaque, avec le Watergate en toile de fond. Euphorique, Richard Gere incarne un menteur dont les multiples facettes changent de couleur face à son complice, sa femme, sa maîtresse, ou son éditeur. Mais son égo explose et provoque sa désagrégation mentale. La face noire attérit alors dans des régions plus sombres, plus politiques, et se transforme en méditation sur l'art de la supercherie.

  5. Le JDD
    par Mathilde Lorit

    En dépit d'une mise en scène un peu trop classique compte tenue de la fantaisie du sujet, on est vité captivé par l'ampleur que prit cette incroyable escroquerie. Le film suggère en effet un lien direct entre ce vrai-faux scoop et le scandale du Watergate: un mystère de plus, susceptible d'alimenter un pur scénario hollywoodien!

  6. Télérama
    par Frédéric Strauss

    Le réalisateur Lasse Hallström finit cependant par être victime de son sujet : quand le faussaire se déballonne, le film a tendance à se ratatiner avec lui, comme un soufflé... Mais le charme des acteurs opère de bout en bout, comme toujours chez Hallström, qui a fait tourner les plus grands, de Johnny Depp à DiCaprio. Ici, c’est Richard Gere qu’il met en valeur, et l’ex-play-boy saisit cette chance : en séducteur et baratineur des gens de lettres, il est emballant.

  7. Fluctuat

    Richard Gere se glisse avec un plaisir communicatif dans la peau de l'écrivain Clifford Irving, biographe escroc du sulfureux milliardaire Howard Hughes. La fantaisie de Lasse Hallström est rythmée, amusante et bien jouée mais triche avec l'Histoire et reste formellement trop timide. Le spectateur, laissé un tantinet sur sa faim, ne boudera son plaisir pour autant.
    - Exprimez-vous sur le forum FaussaireHoward Hughes, l'aviateur incarné par Leonardo DiCaprio chez Martin Scorsese, l'homme d'affaires fortuné, mégalomane et paranoïaque, vivait reclus et ne s'était plus exprimé publiquement depuis des années quand, en 1971, Clifford Irving s'enquit, sous sa plume, de le faire parler. Incroyable destin que celui d'un auteur (presque) raté qui décida d'écrire une fausse autobiographie du milliardaire excentrique, dupant son éditeur, le magazine Time et toute l'Amérique. Et c'est là le premier attrait de ce Faussaire : une arnaque à la hauteur de son légendaire sujet, qu'il ne rencontra évidemment jamais. Un canular historique.
    Hughes, qui désirait contrôler les hommes politiques, finança les campagnes des candidats à la présidentielle, dont celle de Richard Nixon. Un moyen de pression opportun alors qu'une cour californienne lui demandait 137 millions de dollars pour ne pas avoir comparu, et au moment du difficile rachat de la compagnie aérienne Air West. Nixon ne déclara pas la somme reçue, commettant une erreur dont Clifford Irving eu vent, et qu'il reporta dans l'autobiographie "autorisée" du puissant homme d'affaires. La crainte que l'information filtre par ce biais fut une des causes du Watergate, scandale fatal au président républicain.
    "Pourquoi laisser la vérité gâcher une bonne histoire ?", interroge l'affiche du film. William Wheeler s'est posé la même question, et son scénario ne respecte pas toujours la véracité des faits. Irving, engagé comme conseiller technique sur le tournage, a souhaité à la lecture du script final que son nom soit retiré du générique. Le spectateur curieux pourra regretter, en se documentant sur le sujet, les libertés prises sur une histoire déjà très hollywoodienne pourtant.Les quelques images d'archives, les couleurs, les décors et les costumes participent de l'ambiance retro, et plongent assez sympathiquement les personnages dans ce contexte brûlant des jeunes années 70. Le rôle d'Irving sied parfaitement à Richard Gere, qui a fait une jolie permanente, posé une prothèse sur son nez et mis des talonnettes pour gagner quelques centimètres. L'acteur est drôle et convaincant, encore plus à mesure que, fasciné par Hughes, il l'imite puis lui ressemble. Les autres comédiens sont tout aussi séduisants, Alfred Molina notamment, qui campe le meilleur ami et complice d'Irving, Dick Suskind, téméraire angoissé.
    Leur relation fraternelle est un des plaisirs du film qui, bien qu'il en procure beaucoup, semble toujours se chercher. A cheval entre différents genres, il ne s'attache jamais à aucun. La fantaisie l'emporte sur la trame politico-historique, mais reste timorée. La mise en scène est classique, même si Lasse Hallström tente quelques audaces dont ces précédents long-métrages (Le Chocolat, Terre Neuve, Une vie inachevée) ne regorgeaient guère. La spirale du mensonge dans laquelle s'enfonce Clifford Irving n'attire le film ni vers la folie ni vers le drame philosophique. Ses déboires amoureux, un peu secondaires, ne font qu'effleurer un aspect intriguant du personnage. Julie Delpy, maîtresse de l'écrivain, n'apparaît pas plus d'une minute à l'écran (détail amusant : Nina van Pallandt, la comédienne danoise dont elle interprète le rôle jouera, en 1980, aux côtés de Richard Gere dans American Gigolo). Enfin les échanges cocasses entre l'auteur et son ami Dick Suskind, ne font pas non plus du film d'Hallström, sous de faux airs d'Arrête-moi si tu peux, un singulier buddy movie.
    Assurément l'on passe un bon moment devant ce Faussaire mais le réalisateur suédois aurait gagné à pousser la fantaisie formelle plus avant, à suivre Clifford Irving, et Howard Hughes, un peu plus loin dans leur folie. Un pari que Richard Gere semblait tout à fait prêt à relever.
    Faussaire
    Un film de Lasse Hallström
    Avec Richard Gere, Alfred Molina, Marcia Gay Harden, Hope Davis, Stanley Tucci et Julie Delpy
    Sortie en salles le 13 juin 2007

    [Illustrations : © Metropolitan FilmExport]