Première
Le moins que l’on puisse dire à propos de Dry Leaf, c’est que nous n’avions jamais vu quelque chose de semblable au cinéma. À partir d’un scénario minimal (une photographe sportive disparaît, son père et un ami partent à sa recherche), Alexandre Koberidze a choisi un drôle de dispositif : l’usage d’une caméra à très très faible résolution et le désir de faire « confiance aux vents pour nous emmener là où nous ne pouvions l’imaginer ». Il s’en dégage alors un éloge de la matière pixelisée, une sublimation de la campagne géorgienne. Dans Dry Leaf, on distingue plus qu’on ne voit, et on s’émeut du vide laissé par les notes d’un piano, les regards des chats errants, ces terrains de sport où un jour la journaliste est passée, aujourd’hui déserts. Il fallait bien trois heures pour désapprendre à regarder au cinéma, puis en ressortir l’oeil nettoyé, neuf, et peut-être mouillé de larmes par une lettre finalement reçue, contre toute attente.
Nicolas Moreno