Toutes les critiques de Dreams

Les critiques de Première

  1. Première
    par Gael Golhen

    Après la rédemption et la résilience de Memories, la sécheresse et la violence de Dreams. Avec son nouveau film, Michel Franco signe un mélo d’une froide lucidité, où la passion intime cache un ordre social dévastateur. Un jeune danseur mexicain passe la frontière pour rejoindre la patronne d’une compagnie de ballet qu’il aime. Jessica Chastain est exceptionnelle dans le rôle de Jennifer, riche américaine à la générosité conditionnelle : son aplomb, sa retenue et ses micro-fêlures dessinent un personnage aussi séduisant qu’inquiétant. En miroir, Fernando, le danseur idéaliste, incarne l’élan du rêve - artistique et migratoire - qui se fracasse aux murs visibles et invisibles de la frontière. Franco évite tout discours lourdaud : il privilégie les scènes resserrées, les silences, la précision des gestes, jusqu’à faire sentir comment le pouvoir s’infiltre dans un couple et comment la politique fait exploser l’histoire d’amour. Cette sobriété transforme la romance en critique aiguë des privilèges et des illusions de la « bonne conscience ». Dreams frappe par sa montée en tension et sa manière de rester, jusqu’au bout, inconfortable.