Toutes les critiques de Bel ami

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thierry Chèze

    Le tout premier film du chinois Geng Jun à sortir dans les salles françaises n’a pas eu la même chance dans son pays. Le régime autoritaire de Xi Jinping a moyennement goûté cette proposition de cinéma queer mettant en scène un homme d'âge mûr se décidant sur le tard de faire son coming-out et un couple lesbien qui, sous la pression de leurs familles, cherchent un mari de convenance pour fonder une famille. On ne peut que saluer le courage d’un cinéaste qui ose ici notamment un audacieux parallèle entre les dynamiques de domination- soumission queer et celles de la répression du pouvoir d’Etat. Construit sur des ruptures de ton permanentes – drame, comédie à l’humour noir mordant et même film musical le temps d’une scène où l’on chante L’Internationale -, Bel ami perd cependant un peu de sa puissance à cause son parti- pris formel de noir et blanc ultra- stylisé qu’on pourrait croire échappé d’un film de Jarmusch et qui finit par étouffer ses personnages. Car cette sensation de chercher à tout prix à se conformer à des codes occidentaux contredit tout ce qui se joue et se raconte à l’écran.