Toutes les critiques de Autofiction

Les critiques de Première

  1. Première
    par Gael Golhen

    On pense d’abord être en terrain connu. Il y a sept ans Douleur et gloire avait bouleversé au point qu’on avait pardonné à Almodóvar d'écrire sur lui-même - c’était fait avec grâce et magie. S’il reprend le principe autofictionnel jusque dans son titre, Autofiction est pourtant d’un autre calibre. Un peu comme un petit frère plus cruel. C’est la même maison, le même esprit, mais sans le réconfort. Ici, le cinéaste de substitution (Leonardo Sbaraglia) n'est pas en rémission, il est en panne sèche, et pour s'en sortir, il s’accapare l’histoire et les émotions de ses proches. Et pour son nouveau scénario, il s’invente une alter-ego, Elsa (Barbara Lennie), qu'il va regarder s’enfoncer dans la dépression et s'effondrer à Lanzarote sur un lit couvert de manteaux, pendant qu’une jeune beauté chante à voix nue. La séquence est sublime. Tétanisante même. Sauf que l’on découvre rapidement que le personnage d’Elsa est cousue dans les douleurs réelles des amies du cinéaste. Elle a les migraines de l'une, porte le deuil d'une autre, et pleure l'enfant mort d'une troisième. Chaque beauté du film est donc une saignée. C’est le principe d’Autofiction. Tout est beau et moche à la fois. Lumineux et triste. Contrairement à Douleur et gloire, Almodóvar ne cherche plus l'apaisement, il est au tribunal. Et c’est lui l’accusé, faisant défiler ses complices, ses muses, ses actrices, ses chansons, pour poser la seule question qui vaille : au fond, de quoi ai-je vécu ? Quelles douleurs des autres ont nourri mon art ? Le geste pourrait être indécent, s'il n'était pas l'objet du film. Le nombrilisme est ici la matière, jamais un défaut. Et cette matière, quand elle passe par Lennie atteint de purs moments de cinéma. Douleur et gloire était une confession, Autofiction est un aveu. C'est moins aimable et plus honnête. Et presque plus grand.