simon helberg
Abaca

L'acteur de 45 ans est à Séries Mania ce week-end. Pour le plus grand bonheur du public lillois, il a raconté sa carrière et les coulisses de la série phare qui a fait de lui une célébrité mondiale.

C'est l'invité vedette du Festival Séries Mania cette année : la star américaine Simon Hellberg est à Lille ce week-end pour présenter sa nouvelle série The Audacity, en compétition officielle. Et hier, devant une salle comble, l’inoubliable Howard Wolowitz de Big Bang Theory a retracé sa carrière et sa vie d’artiste lors d’une masterclass riche en révélations. Morceaux choisis.

Ses débuts en tant que musicien :

"J'ai d'abord appris la musique. Le piano. Et comme j'ai grandi à Los Angeles, j'arpentais le Sunset Strip. Vers 14 ou 15 ans, je jouais dans des petits clubs, des trucs de jazz. Ce n'était pas vraiment cool pour un petit gars comme moi, avec mon appareil dentaire… Je n'étais pas très à l'aise. J'ai aussi joué dans des halls d'hôtel, sans vouloir me vanter (rires). J'ai fait de la musique pendant longtemps, mais j'ai toujours senti que je voulais jouer. J'étais déjà le type rigolo de mon groupe de jazz. J'aimais faire rire les autres. Après, il m'a fallu du courage pour monter sur scène. Au lycée, j'ai fait un peu de théâtre, puis je suis allé apprendre la comédie à NYU (New York University)."

simon helberg
Premiere

Ses galères pour commencer :

"Je travaillais dans un restaurant pour payer la fac entre ma deuxième et troisième année. Et je faisais une petite pièce à côté. Un agent de Los Angeles a vu cette pièce et m'a fait passer des auditions. Donc j'ai lâché la fac pour tenter ma chance. Je pensais que c'était bon… mais en fait c'était seulement 'presque' bon. J'ai 'presque' eu plein de rôles. Mais en réalité, j'ai beaucoup galéré. Je suis retourné vivre chez mes parents pendant au moins un an. Je continuais à auditionner, parfois deux ou trois fois par jour. Je me changeais dans ma voiture entre deux rendez-vous. J'en ai bavé. Et puis j'ai fini par décrocher quelques pubs, des pilotes…"

Son audition pour The Big Bang Theory :

"Je ne voulais pas y aller. Parce qu'à l'époque, je venais d'être recruté pour jouer un petit rôle dans Studio 60 on the Sunset Strip, créée par Aaron Sorkin, et pour moi c'était la priorité. En fait, l'année d'avant, Warner Bros. avait tourné une première version du pilote de Big Bang Theory et je devais auditionner pour le personnage de Sheldon. Mais je n'y suis même pas allé. Je ne sais plus bien pourquoi... Le personnage de Howard n'existait pas encore à ce moment-là. Et l'année suivante, quand ils ont décidé de refaire un autre pilote - ce qui n'arrive jamais - ils m'ont demandé de revenir auditionner pour Howard. Mais franchement, je n'avais pas du tout envie de le faire. J'avais bossé le truc quand même, je n'y suis pas allé les mains dans les poches. Mais je m'en fichais totalement. Je n'avais pas très envie de jouer encore le geek de service. Et c'est peut-être pour ça que ça a marché. Je suis allé sans pression...

Howard big bang theory
Warner Bros.

Comment il a finalement accepté de jouer Howard :

"L'audition avait très bien marché. Je le savais. Je l'avais senti tout de suite. Ils ont voulu que je revienne faire des tests mais j'ai dit non. Chuck Lorre ne comprenait pas pourquoi je refusais de lâcher Studio 60Bradley Whitford (qui jouait dans Studio 60) m'a dit que je devais quand même aller faire ces tests. Donc j'ai fini par demander la permission à Aaron Sorkin... Je me souviens parfaitement de sa réponse. Il m'a écrit : 'Espèce de sale petit ingrat... Non je déconne ! Va finir les tests et si ça ne se fait pas tu reviendras...' C'était tellement adorable. Donc j'y suis allé. Johnny (Galecki) et Jim (Parsons) étaient déjà là, ils étaient de la première version du pilote. Kaley (Cuoco) testait avec moi. Elle a été signée le soir même je crois. Mais moi, ils m'ont fait poireauter une semaine... Je ne sais pas si j'étais vraiment leur premier choix. On m'a dit plus tard qu'ils auraient aussi aimé que Kevin Sussman (qui finira par jouer Stuart) incarne Howard. Mais bon, j'ai eu le rôle à l'arrivée."

L’incroyable premier jour de tournage de Big Bang Theory :

"C'est James Burrows, un grand ponte des sitcoms qui a dirigé Friends ou Cheers entre autres, qui réalisait ce premier épisode. C'était déjà très impressionnant. Le public était mort de rire d'entrée. Je me souviens très bien : j'étais dans ma loge pendant que la première scène à la banque du sperme se filmait. Leonard et Sheldon n'avaient pas encore dit un mot que tout le monde riait aux éclats. Tellement que James a été obligé d'aller voir les spectateurs pour leur demander de se calmer, pour qu'on puisse tourner la séquence. Et puis je fais ma première scène et là tout le public se met à applaudir de manière frénétique. C'était très étrange, parce que j'étais personne... Juste ce gars qui avait joué un jour dans Sabrina l'apprentie sorcière quoi... Ils étaient tellement excités, tellement enthousiastes, qu'on a dû interrompre le tournage à plusieurs reprises. De toute évidence, l'histoire de Big Bang Theory, c'est quelque chose qu'ils voulaient vraiment voir. Je ne sais pas bien quoi exactement, mais ça faisait résonner des choses en eux."

simon helberg
Première

Comment il a donné vie à Howard Wolowitz sans rien inventer :

"D'abord, tout était sur le papier. Dans les scripts. C'est très écrit Big Bang Theory. On ne me croit jamais quand je dis ça - même à Hollywood - mais absolument rien n'était improvisé sur le plateau. Après, je me suis vite retrouvé dans Howard parce que c'est un type qui avait besoin d'être au centre de l'attention et je crois que j'étais un peu comme ça aussi à l'époque. Sans le swag. Et sans les fringues bien sûr (rires). J'avoue que je ne mets plus jamais de col roulé aujourd'hui ! Mais en tout cas, tous les mots que dit Howard dans la série étaient dans les pages des scénarios. Je n'ai jamais vraiment pitché une idée, une réplique ou quoi que ce soit aux auteurs. J'ai peut-être essayé un peu au début. Mais ce n'était pas vraiment possible, parce qu'il fallait que la machine roule. Et si chacun voulait y mettre sa touche, ça aurait enrayé la machine. Il y avait un rythme, un style, un certain état d'esprit pas trop cynique. C'était une chorégraphie assez millimétrée."

Le rythme de production très intense de la sitcom américaine :

"On tournait un épisode par semaine en gros. Mais ça ressemblait un peu à une année scolaire. On filmait d'août à mai. C'était le meilleur agenda du monde. On commençait chaque épisode par une journée de lecture des scripts avec toute l'équipe (table read). Les auteurs en profitaient pour voir ce qui fonctionnait et ce qui devait être supprimé. Le lendemain on répétait pendant quelques heures. Et dans la foulée on tournait. À la fin, c'était très rodé. Sur les 2 ou 3 dernières saisons, on bossait quatre jours et on avait trois jours de week-end. C'était une machine très bien huilée. Et puis comme on tournait pas mal en public, un peu comme une pièce, Chuck Lorre s'en servait comme d'un panel. Et donc si ça ne marchait pas avec ces 300 spectateurs en live, il décidait de réécrire la scène entièrement, sur le pouce. En une demi-heure, on avait une toute nouvelle scène. Il fallait prendre quelques minutes pour la digérer, appréhender les blagues et en temps réel ou presque, on y retournait ! Et il faut bien se rendre compte que l'épisode en question était diffusé, parfois, la semaine suivante à la télévision ! C'est fou quand on y repense."

Howard big bang theory
Warner Bros.

L’évolution de Howard sur 12 saisons :

"C'est vraiment un personnage qui a changé au fil du temps. Il n'y avait pas de plan dès le départ. Pour lui ou pour aucun autre personnage d'ailleurs. On ne savait pas si la série allait durer. Et à l'époque, on se posait moins de questions... Aujourd'hui, il faut pouvoir pitcher toute une histoire aux diffuseurs, un arc dans son ensemble. Mais là, l'évolution de Howard a été surtout circonstancielle. Il était ce type louche, libidineux, écrit par des auteurs qui ont réussi à écrire de super vannes là-dessus. Et puis à un moment, ces auteurs sont partis. D'autres sont arrivés et ont décidé de le rendre un peu plus intelligent, un peu plus fin. De faire entrer une femme dans sa vie. C'est le plaisir d'étaler un personnage sur 300 épisodes."

Pourquoi la fin de Big Bang Theory n’a pas été si dure :

"Dire adieu à ce travail, ce fut un peu comme terminer le lycée au fond. Moi, j'ai adoré mon lycée et quand ça s'est fini, j'étais triste. Mais en même temps, je n'allais pas rester après la Terminale, il était temps de partir, de refermer ce chapitre pour passer à l'étape suivante. C'était un peu le même sentiment mélancolique avec la fin de Big Bang Theory. On avait tout dit. Il n'y avait plus de choses vraiment intéressantes à faire avec cette série. Et en tant qu'acteur, j'avais envie de faire d'autres rôles. On me voyait seulement jouer Howard et donc j'étais prêt à tourner la page."

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CG / Tribus P Films

Comment Simon Hellberg est devenu français pour Leos Carax :

"J'avais un peu menti, déjà, sur mes capacités à jouer du classique pour être casté dans le rôle du pianiste de Florence Foster Jenkins face à Meryl Streep. Et donc pour jouer dans Annette de Leos Carax, j'ai aussi menti en disant que j'étais en train de devenir citoyen français. Parce que ma femme (Jocelyn Towne) a la nationalité française. Je suis allé au consulat pour obtenir un passeport français. J'avais appris par cœur un monologue sur ma vie, ma famille... pour pouvoir parler français suffisamment bien face à mon interlocuteur. C'était un peu comme un rôle. Et puis au dernier entretien, on me parle d'un petit homme avec un chapeau noir... J'ai cru que c'était Charlie Chaplin alors qu'en réalité on me parlait de Napoléon (rires) ! C'était la question finale du test pour devenir français. Et j'ai fini par avoir mon passeport et j'ai pu jouer pour Leos Carax. C'était vraiment très différent de tourner Big Bang Theory. J'avais le sentiment de filmer un projet artistique plus qu'un film. Presque un essai pour la fac de cinéma. C'était audacieux, risqué, hors des clous. Il avait mis en scène des trucs impossibles et il me disait : 'Tu ne veux quand même pas décevoir ton réalisateur ?' Et puis au final, on arrivait toujours à faire ce qu'il avait en tête. Leos est un visionnaire tellement ambitieux et on a fini par faire quelque chose d'unique..."