Les Disparues de la Gare Disney
Disney

Pierre Laugier (producteur), Virginie Sauveur (réalisatrice) et Gaëlle Bellan (créatrice) racontent les coulisses de la série criminelle de Disney Plus, inspirée d’un fait divers glaçant qui marqué Perpignan dans les années 1990.

PREMIÈRE : Tout commence avec cette affaire du quartier de la gare de Perpignan. Vous aviez été marqués par ce fait divers ?

Pierre Laugier (producteur) : On l’a découverte ensemble parce qu’on est passionnés de faits divers. Moi, j’allais régulièrement à Perpignan à l’époque, puisque je suis né là-bas et que ma famille y vivait. J’ai suivi de très près cette histoire et la psychose qui a gagné le quartier, la ville, et même la région. Puis Gaëlle s’est emparée de ce fait divers, avec son expérience sur des séries comme Engrenages ou Le Bureau des légendes. L’idée, c’était de raconter le réel avec le langage de la fiction.
Gaëlle Bellan (scénariste) : Je pense qu’il y avait un message à délivrer à travers cette série et à travers l’histoire de ces victimes. J’ai été très touchée par le combat de la famille Andujar, que j’ai rencontrée assez tôt dans le processus d’écriture. Ils ont été très généreux et nous ont confié beaucoup de choses qui ont nourri la série. Et puis j’avais le même âge que les victimes à l’époque. Ça m’a frappée.

Comment avez-vous travaillé pour rester au plus proche de la réalité ?

Pierre Laugier : On s’est appuyés sur la documentation existante, on a fait appel à des consultants, à des policiers, et surtout, on a créé un lien avec les familles. Elles nous ont raconté énormément de choses. Et dans chaque détail, on a cherché la reconstitution au plus près : les costumes, la photo, le maquillage, les accessoires, les décors…
Virginie Sauveur (réalisatrice) : Il y a eu un immense travail de documentation. Ce sont les petits détails qui permettent de basculer dans une époque. Mais il y a aussi une énorme responsabilité quand on raconte une histoire vraie. On se documente pour ne pas commettre d’impairs.

Les Disparues de la Gare Disney
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Pourquoi avoir choisi de mettre les victimes au centre du récit ?

Gaëlle Bellan : Parce que c’était crucial. On n’est pas dans Dahmer. L’idée n’était pas de suivre le point de vue des tueurs, mais de s’intéresser aux victimes. Elles avaient 20 ans et, tout à coup, elles tombent sur quelqu’un dont la violence est folle. Il fallait montrer ça : comment on arrache une jeune femme à sa vie, à son futur. La violence faite aux femmes est encore partout. On le montre aussi dans le commissariat, où Flore subit le machisme au quotidien. On suit l’enquête à travers son prisme féminin, une jeune femme dans ses 20 ans, qui fait écho aux victimes.

Est-ce que la mémoire des disparues a guidé l’écriture ?

Gaëlle Bellan : On y pense toujours. C’est constamment là, dans un coin de la tête.
Pierre Laugier : On n’en dort plus, même. C’est quelque chose qui vous hante.
Gaëlle Bellan : Mais la famille Andujar a adoré la série et la manière dont on parle de leur drame. On aurait été dévastés si ça n’avait pas été le cas. Qu’ils se reconnaissent, malgré la fiction, c’est presque ce qui nous fait le plus plaisir. On a le sentiment d’avoir fait le job. Maintenant, on peut présenter la série au public.

Vous diriez que Les Disparues de la gare est un « true crime » à la française ?

Virginie Sauveur : Oui, on peut dire ça, on est clairement dans ce genre de fiction.

Pierre Laugier : Disons qu’on se sert des codes du « true crime » et on les tord dans la mise en scène. On joue avec ce que le spectateur attend : le premier suspect, Palomino… On joue avec l’imaginaire du tueur en série, puis on montre que les vrais tueurs sont en réalité très bien insérés dans la société. Dans le « true crime », il y a cette notion de vérité. Et la vérité de notre société, c’est que le tueur peut aussi bien être votre oncle qui vient déjeuner le dimanche. Ce n’est pas forcément un sociopathe enfermé dans un taudis avec des rats et qui lit Nietzsche.

Quand on traite une telle histoire, reste la question des images. Jusqu’où montrer la violence ?

Virginie Sauveur : Surtout, il ne faut pas être dans la complaisance. Le beau au service de rien, ça ne sert à rien. J’ai une manière de filmer les comédiens au plus près, sans effets de manche. D’abord les comédiens, pour l’émotion. Mais il fallait aussi montrer la violence du meurtre, sans édulcorer. Il faut trouver le juste milieu entre la brutalité et la vulgarité, éviter le côté pornographique du crime.


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