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"Il fallait y retourner..." Pour Première, l'équipe de la série raconte ce tournage si particulier, dans la salle de spectacle où 90 spectateurs ont été assassinés, le soir du 13 novembre 2015.

Ce n’est pas une série racontant les attaques du Bataclan. Des Vivants s’intéresse à l’après. À l’impossible retour à une vie normale pour ceux qui ont survécu à l’horreur.

La magnifique série de Jean-Xavier de Lestrade est diffusée sur France 2 à partir de ce soir (et déjà disponible en intégralité sur France.tv). Une exploration rare du syndrome post-traumatique, de la difficulté à se relever quand on a traversé un tel cauchemar. Portée par un casting épatant (Benjamin Lavernhe, Alix Poisson, Antoine Reinartz, Félix Moati, Anne Steffens, Thomas Goldberg et Cédric Eeckhout), elle raconte l’histoire vraie bouleversante des “potages” — ces sept ex-otages du Bataclan devenus potes après être allés voir un concert de métal…

Mettant l’accent sur la psychologie, le créateur de Sambre filme le trauma comme rarement. Une plongée dans la souffrance intime, que le réalisateur décrypte pour Première :

"Ce n’est pas simple de tisser la dramaturgie de ce genre de fiction... Parce qu’il n’y en a pas vraiment. Le vrai suspense de cette série — mais c’est peut-être le plus beau de tous les suspenses — c’est : comment vont-ils faire pour aller mieux ? Comment vont-ils faire pour ne pas complètement sombrer et s’effondrer ? Comment vont-ils élever leurs enfants après ça ? Ce sont des questionnements assez universels, qui vont au-delà des rescapés du Bataclan."

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France tv / What's Up production

Mais au Bataclan, Des Vivants nous y emmène quand même. La fiction, écrite entièrement à partir des témoignages des vrais rescapés, dépeint avec un réalisme glaçant les deux heures et demie de captivité des spectateurs retenus dans ce couloir ordinaire, situé à l’étage du bâtiment, juste derrière les fauteuils rouges du premier balcon. Pour lui, il fallait montrer pour comprendre : "C’était une question qui s’était posée aussi au procès. Les associations de victimes ont demandé au président du tribunal de montrer des images, de passer la bande-son de ce soir-là. Pour que les gens se rendent compte. Sinon, on ne sait pas. On ne sait pas l’horreur subie. Alors nous aussi, pour ces survivants, il fallait aller dans ce couloir, filmer le Bataclan, montrer un peu de leur calvaire."

Grâce au soutien des ex-otages

L’équipe a donc posé ses caméras sur place. Et ça n’a pas été simple. Matthieu Belghiti, producteur, explique qu’il était important "de donner une dimension collective forte à la série. Donc on est allé filmer sur les lieux. Mais tourner au Bataclan, c'est délicat. Parce que c’est une salle de spectacle souvent occupée. Et surtout, pour eux, le souvenir des attentats est encore très présent. Certains artistes refusent toujours de se produire au Bataclan aujourd’hui. Il y a des gens qui ont du mal à y retourner et on peut comprendre que les propriétaires de la salle n’aient pas envie qu’elle soit encore associée à ce drame. En plus, il y a beaucoup de demandes de tournage, pour des documentaires et autres. Mais Jean-Xavier y tenait, et je crois qu’il avait raison : il ne faut pas sanctuariser cet endroit. Il faut en faire un lieu de vie, un lieu de mémoire, tout en respectant ce qui s’y est passé."

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What's Up Films

La production a donc insisté, et grâce aux ex-otages, qui ont appuyé leur démarche, la salle a fini par donner son accord :

"On a eu le soutien des 'potages', qui ont écrit au Bataclan. Ça a pesé lourd dans la balance."

8 000 courriers et une cellule psychologique

Ainsi, pendant quelques nuits, Des Vivants a bloqué le boulevard Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris, ramenant ambulances et voitures de police sur les lieux. Afin de ne pas provoquer de panique, la production a envoyé "deux fois huit mille courriers à tous les riverains pour les prévenir qu’il allait y avoir ce tournage. On a même mis en place une cellule psychologique, au cas où certains habitants du quartier auraient eu besoin de venir parler."

Pour le casting aussi, le moment n’a pas été anodin. Revenir sur les lieux du drame a réveillé quelques souvenirs douloureux, comme le confie Benjamin Lavernhe à Première :

"C’était troublant, bouleversant même, d’être dans cette salle de concert devenue lieu de massacre. On n’était pas très à l’aise à l’idée de jouer là-bas. Soudain, il n’y a plus de distance, on n’est plus protégé par le cadre du plateau. On était saisis par l’effroi. Ça n’a pas été le moment le plus agréable du tournage. Mais on l’a fait en confiance avec Jean-Xavier de Lestrade, et surtout parce que les survivants avaient donné leur accord. Moi, j’ai vécu ce moment comme un recueillement, une pensée pour les victimes."

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Indéniablement, Jean-Xavier de Lestrade a eu raison d’insister. Les séquences Des Vivants tournées à l’intérieur du Bataclan sont véritablement stupéfiantes. Sans jamais verser dans le sensationnalisme morbide, elles livrent avec une émotion brute une certaine réalité de ce qui s’est passé ce soir du 13 novembre 2015.

"On ne montre aucun corps, aucun meurtre. Ça, c’était la limite. Je crois qu’on voit un drap blanc passer furtivement sur un corps, mais c’est la seule chose. Ce n’était pas la peine d’aller montrer des cadavres. On entend parfois des tirs des terroristes, mais il était hors de question de montrer un assassinat, la mort d’une des victimes du Bataclan."

Des Vivants, à voir sur France 2 à partir du lundi 3 novembre 2025.


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