La révolution
Netflix

Le créateur et le producteur de la série Netflix La Révolution lèvent le voile sur les secrets de ce show alliant fantastique et historique, qui doit nous emmener sur la piste d’un virus au XVIIIe siècle. Son ambition : être le Kingdom français.

Avec Marianne, Vampires et Mortel, les choses avaient l’air simples : pour faire du fantastique chez Netflix, il fallait jouer la sécurité en misant sur les ados d’aujourd’hui, leurs tourments, leurs hormones et leurs réseaux. Faire coïncider le sujet et la cible. La Révolution, qui sort ce vendredi sur la plateforme, porte du coup bien son nom. Cette nouvelle série suit les aventures du médecin Joseph Guillotin (qui n’a pas inventé la guillotine mais l’a fait adopter comme unique moyen d’exécution durant la Révolution française). Nous sommes en 1787, et Guillotin mène l’enquête sur une série de crimes mystérieux provoqués par un virus, le « sang bleu »… L’ambition du scénariste et showrunner, Aurélien Molas (coauteur des séries Une île et Maroni, les fantômes du fleuve) et du producteur François Lardenois, est de signer un Kingdom à la française. Soit l’alliance entre deux genres – le fantastique et l’historique – un défi qui n’avait pas été pleinement relevé depuis Le Pacte des loups, il y a vingt ans… En exclusivité pour Première, les deux hommes nous racontent les origines de La Révolution.

La Révolution sur Netflix : Ah ! ça ira, ça ira... ou pas ? (critique)

Première : Comment arrive-t-on à faire produire sa série par Netflix ?

Aurélien Molas : François et moi avions produit des petites séries pour Studio+ comme Crime Time. On voulait continuer. On savait que Netflix cherchait des projets, on s’est dit qu’il fallait leur proposer le truc le plus ambitieux possible. On n’avait aucune chance d’être pris, mais on a choisi de faire un dossier de 80 pages – la rumeur disait qu’il fallait un dossier de 10-15 pages maximum – avec une partie BD et une partie story-board, et même des idées « marketing ». Dans le meilleur des cas, ils allaient le lire, trouver ça cool, et… nous proposer un autre projet plus adapté. Alors on a bossé sur ce rêve commun qu’on avait de revisiter la Révolution française. On tournait autour de cette idée depuis un moment jusqu’au jour où on a lu une brève sur Kingdom. Mélanger l’historique et autre chose : c’est comme ça que j’ai conçu la « bible ». On n’avait pas de bureau à l’époque : on a envoyé notre dossier à Netflix d’un Starbucks de La Motte-Picquet-Grenelle, à Paris.

François Lardenois : Avec nos économies, on s’est payé le dessinateur Éric Hérenguel pour illustrer le projet. Il avait fait une BD avec Xavier Dorison, Ulysse 1781, qui nous avait tapé dans l’œil. Puis j’ai rencontré les gens de Netflix au festival Séries Mania. Et j’ai obtenu un rendez-vous.

A. M. : On a eu une première réunion téléphonique, chez moi, en anglais – on a pris des cours en accéléré pour assurer au max.

F. L. : Cinq minutes avant, l’ordinateur d’Aurélien a planté… Bref, on a commencé à leur parler du projet. On s’est lâchés. Les choses se sont passées très rapidement, à partir de mai 2018. Ils nous ont donné le feu vert au mois de juillet suivant. Avec les interlocuteurs français, tout prend du temps : là, on a eu un premier retour en quinze jours. En gros, ils nous ont dit que La Révolution combinait bon nombre de choses qui les intéressaient. On a réfléchi sur la place du « genre » dans les séries françaises. L’écriture et la pré-production ont commencé en septembre 2018. Ça a été une lessiveuse, mais une belle lessiveuse. On voulait porter nos ambitions cinéphiles. Réinvestir des territoires de cinéma qui nous ont fait rêver.

La Révolution
Netflix

Quel format fait La Révolution ?

F. L. : Huit épisodes de cinquante minutes.

A. M. : Avec ma coscénariste Gaia Guasti [avec qui il a écrit Une île], on voulait ce format dès le départ. On avait déjà fait des séries de quatre et de six épisodes, il était temps de passer à la catégorie supérieure – sans se frotter à du dix épisodes comme Le Bureau des légendes. On pouvait faire des épisodes dont la durée variait entre 35 minutes et une heure. L’avantage du streaming, c’est de ne plus avoir les contraintes de case horaire ou de cliffhanger puisque la série est vouée à être diffusée d’un seul coup. Le plus gros défi a été de trouver le ton de La Révolution : avec un pitch pareil, la série pouvait ressembler à Abraham Lincoln, chasseur de vampires ou à Vikings. On ne voulait pas un show comique, mais du premier degré, une direction artistique marquée, très élégante. Après, on a quand même des scènes de combats très « clippesques ». La série est âpre et réaliste, mais elle mélange beaucoup de genres. Elle est violente, horrifique, romantique, aventureuse…

F. L. : … et sociale, aussi. Gaia et Aurélien se sont toujours demandé comment faire pour que la série fasse écho à l’actualité, à la société dans laquelle nous vivons. Évidemment, ça passe par l’image mais aussi par le discours. La saison 1 se déroule en 1787, il y a un sous-texte très présent qui annonce la Révolution et qui résonne avec ce qui se passe aujourd’hui.

Comment se situe la série vis-à-vis du fantastique ?

A. M. : Les éléments fantastiques sont le moteur de l’intrigue, mais on a essayé d’allier raison et fantastique. Le siècle des Lumières se termine sur la décapitation de Louis XVI, qui est la mort de Dieu, puisque le roi est d’essence divine. Au fur et à mesure que la série avance, le fantastique prend plus de place. On joue sur le mystère. Au fond, c’est une enquête sur une pandémie.

Vous pouvez nous parler de cette « maladie » ?

A. M. : Elle est appelée « le sang bleu », et fait l’objet de l’enquête du héros, Joseph Guillotin. C’est le fil rouge de l’histoire. La série a été pensée en trois saisons. Notre référence en termes de structure, c’est la dernière trilogie La Planète des singes. On commence en 1787, et si on fait les saisons suivantes, ce sera 1788 puis 1789, avec les grands événements historiques. La saison 1 sera la saison « bleue », la saison 2 la « blanche » et la 3 la « rouge » avec la prise de la Bastille... Il y aura des personnages clefs de la Révolution et de la fondation de la République.

F. L. : L’épisode 1 commence d’ailleurs par un prologue – réalisé par Aurélien – qui est un flash-forward amorçant les événements de 1789.

Vous avez choisi d’avoir un directeur de série, un showrunner ?

F. L. : Le showrunner est quelque chose de très flou en France… On pense au statut d’Éric Rochant [Le Bureau des légendes] ou de Fanny Herrero [Dix pour cent], mais à part ça ? Ici, c’était évident dès le départ que ce serait Aurélien.

A. M. : Avec Gaia comme deuxième scénariste, à l’instar de Camille de Castelnau sur Le Bureau des légendes. Je devais défendre la vision artistique qu’on avait vendue à Netflix. Nous avions trois réalisateurs et mon job était de veiller à garder la cohérence visuelle de l’ensemble.

F. L. : Du côté des réalisateurs, Julien Trousselier avait réalisé Crime Time avec nous. Il y avait aussi Jérémie Rozan, et Édouard Salier, qui a réalisé des épisodes de Mortel pour Netflix. Ils viennent tous les trois du clip et de la pub, et ils ont un talent fou, un vrai sens de l’image.

Mortel, Vampires et Marianne sont des séries contemporaines : à aucun moment on ne vous a dit d’enlever le contexte historique pour ne garder que l’idée des personnages infectés ?

A. M. : La source d’inspiration était vraiment Kingdom. On voulait de l’historique tout en créant un écho contemporain très important. La Révolution se nourrit de l’esprit de révolte. On a conçu la série avant les Gilets jaunes. Et évidemment avant la pandémie… L’histoire permet de faire du vrai divertissement, mais avec une réflexion en arrière-plan. Encore une fois, comme Kingdom. On essaie cependant de créer notre propre mythologie. Qu’est-ce que ça signifie, le « sang bleu » ? Qu’est-ce qui se passe quand 1 % de la population opprime le reste jusqu’à la révolte ? Toute la série raconte comment des jeunes – j’ai 34 ans, François 32 – font exploser un plafond de verre.

F. L. : On veut vraiment revenir à du romanesque épique. Renouer avec des territoires un peu abandonnés par le cinéma, que la télé permet de réinvestir.

A. M. : Il fallait rester crédible, mais c’est très difficile de raconter la Révolution française de façon narrative, comme Pierre Schoeller l’a fait avec Un peuple et son roi. La saison 1 est plus romanesque, les saisons suivantes connecteront notre récit avec l’Histoire…

F. L. : Ce pacte-là était dans notre dossier envoyé à Netflix. Ça n’a jamais changé. Il s’ouvrait sur une citation de Napoléon : « L’Histoire est un tissu de mensonges sur lequel nous sommes d’accord. » Voilà, c’est ça notre série : on veut vous raconter une autre histoire.

La Révolution, sur Netflix le 16 octobre 2020.

La Révolution : découvrez les premières minutes de la série Netflix