The things you kill de Alireza Khatami
Le Pacte

Un prof turc sombre dans la paranoïa après la mort suspecte de sa mère. Khatami signe un thriller psychologique glaçant sur la violence masculine.

On entre dans ce film turc comme dans un piège. Un piège qui se referme lentement. Ali est un prof de littérature trentenaire. Il enseigne les classiques occidentaux à des étudiants blasés quand tout commence à se déliter autour de lui. Sa femme veut un enfant qu'il ne peut lui donner, son père le méprise ouvertement, sa mère grabataire réclame des soins constants. C’est le début d’une odyssée mentale vertigineuse qu’Alireza Khatami orchestre avec la précision d'un horloger diabolique. Si le réalisateur de Chroniques de Téhéran déplace l'action de ce film de l'Iran vers la Turquie pour esquiver la censure, son propos reste intact : disséquer les rouages de la violence patriarcale. Quand la mère d'Ali meurt dans des circonstances suspectes, l'autopsie révèle un traumatisme crânien incompatible avec une chute. Le père violent devient suspect numéro un, et Ali bascule dans une quête qui ressemble en réalité à une thérapie sauvage.

Visuellement, c’est du Kiarostami revu par Lynch. L’image se floute et se refocalise, la caméra tangue comme après un réveil laborieux et chaque geste prend une signification surréaliste. Khatami et son chef op Bartosz Swiniarski sculptent l’angoisse existentielle du héros dans chaque cadre. Jusqu’au moment où un jardinier énigmatique débarque dans la vie d’Ali et va bouleverser la donne. Là, The Things You Kill vire au cauchemar éveillé. Au fond, ce que Khatami met en scène, c’est une réflexion (troublante) sur la transmission toxique de la masculinité. Il emprunte au cinéma d'art et d'essai ses codes formels tout en questionnant son héritage culturel. C’est glaçant et spectaculaire, le cinéma turc tient son Shining anatolien.

De Alireza Khatami Avec Ekin Koç, Hazar Ergüçlü, Ercan Kesal... Durée 1h53. Sortie le 23 juillet 2025


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