Mister V chez Simon Astier dans McWalter
Prime Video

Le genre parodique semblait avoir disparu depuis Leslie Nielsen. Avec McWalter, Mister V et Simon Astier le réinventent pour une nouvelle génération, entre humour absurde et cinéma d’action. Rencontre.

D’un côté, il y a Yvick Letexier, la petite trentaine, plus connu sous le pseudo YouTube de Mister V. Gros cumul de vues, de likes, de commentaires et de collaborations sponsorisées. Son débit supersonique, hérité de son héros Chris Tucker, et sa dégaine élastique auraient déjà dû l’installer dans le paysage de la comédie française depuis bien longtemps. Mais non. De l’autre, Simon Astier, la quarantaine récente, frère de, et auteur d’une série très culte et fabriquée artisanalement, Hero Corp. Des années que son fan-club, dont Première fait partie, guette ses premiers pas dans l’industrie du long. En vain. Ou tout du moins jusqu’à McWalter, objet siglé Amazon Prime, réalisé par Simon, joué par Yvick, écrit par les deux. Une tentative d’adapter le style Zucker-Abrahams-Zucker (les ZAZ, inventeurs des comédies Y a-t-il… ? et des Hot Shots) dans la langue de Francis Veber et de Fabien Onteniente. Les Nuls l’avaient déjà fait en 1994 (La Cité de la peur), Kad et Olivier aussi, en 2003 (Pamela Rose). De bons souvenirs certes, mais était-il raisonnable de remettre le couvert en 2025 ? Contre toute attente, la réponse pourrait bien être oui : McWalter est souvent bidonnant, toujours rafraîchissant, pas si anachronique que ça. Bonne nouvelle : ça chie à nouveau dans le ventilo. Et c’est français, s’il vous plaît.

McWalter
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Première : Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? dans les salles, votre McWalter sur Prime… On pensait que la parodie façon ZAZ n’appartenait plus à ce siècle, comment expliquez-vous, messieurs, ce revival inattendu ?

Yvick Letexier : Il y a forcément une dimension cyclique dans le paysage comique. Moi je suis né en 1993 et j’ai grandi devant les Hot Shots, les Y a-t-il un flic… ? ou les Scary Movie. Ce sont les comédies qui m’ont le plus marqué, qui m’ont éveillé à l’humour. Donc c’est très naturel de me situer aujourd’hui dans ce registre. Je ne me suis même pas posé la question à vrai dire. Le style d’humour du film est arrivé comme ça. À l’origine les producteurs de La Flamme et du Flambeau (Jonathan Cohen, Jean-Toussaint Bernard et Benjamin Bellecour) sont venus me chercher pour me proposer d’adapter une grosse série américaine, dont ils avaient acquis les droits. C’était, B…

Simon Astier : Attends, attends, je crois que c’est top secret, ça.

YL : Ah ok. Bon... L’idée me plaisait beaucoup, mais je tenais à travailler d’abord sur un premier long métrage. Et quitte à être la tête d’affiche d’un film, autant qu’il me ressemble. J’ai pensé à une adaptation au format long de McWalter, un personnage que j’avais interprété dans plusieurs courts sur YouTube. Et évidemment, à l’époque où on a mis le projet sur des rails, c’était vers 2022, je n’avais aucune idée que les Américains étaient en train de rebooter les Y a-t-il un flic… ? C’est une pure coïncidence, même si elle nous a frappés avec Simon.

Simon, vous occupez deux postes sur le film : metteur en scène et directeur d’écriture. Vous êtes arrivé immédiatement sur ce projet ?

SA : Non, pas vraiment… Yvick et ses co-scénaristes travaillaient sur le script depuis au moins un an. Et puis un jour, Jo (Jonathan Cohen), que je connais depuis presque vingt ans, nous a dit, à Yvick et moi : « Essayez de voir si ça peut coller entre vous… ». On avait ce point commun qui était d’avoir fabriqué nos trucs de manière super artisanale. Lui sur YouTube et moi sur le câble avec Hero Corp, notamment. On sait clairement comment il faut faire pour qu’un euro dépensé en paraisse cinq à l’écran.

C’est votre premier long-métrage en tant que cinéaste, mais ceux qui suivaient vos séries, que ce soit Hero Corp ou Visitors, savent que votre travail possède une musique très personnelle. Ici, on sent que vous vous êtes un peu plus oublié, et que vous avez mis votre savoir-faire au service d’Yvick.

SA : Oui et ça fait un bien fou de mettre un peu la tête dehors. McWalter, c’est jusqu’à présent le projet dont je suis le plus fier. Je suis incroyablement attaché à ce film. Plus qu’à ceux dans lesquels je jouais, j’écrivais et je réalisais.


 

Là où le film s’emboîte avec votre univers, c’est qu’il y est encore question d’une Amérique reconstituée en Europe, et peuplée de gens qui parlent tous français…

YL : C’est le premier truc que je me suis dit quand le nom de Simon m’a été glissé par Jo : « Ah, c’est le gars qui a toujours su bien filmer la fausse Amérique ! »

SA : Dans tous mes projets, il y aura toujours des objets, des bagnoles, des trucs qui représentent une Amérique complètement fantasmée. Cette imagerie a un côté un peu cocon pour moi, et Yvick m’a laissé m’installer tranquillement là-dedans.

YL : Simon a aussi ramené une subtilité et une poésie, qui nous faisait vraiment défaut dans nos premières versions.

Et une certaine manière de jouer la comédie, non ? Quand on voit les McWalter diffusés sur YouTube et celui-là, votre registre est super différent, Yvick. Avant, vous grimaciez un peu. Vous jouiez au rigolo qui joue à l’agent secret. Alors que là vous êtes dans un registre similaire à ceux des Y a-t-il… ? et de l’humour ZAZ : premier degré, imperturbable, « deadly serious », comme ils disaient…

YL : Oui, exact. Je n’ai pas une formation d’acting, j’ai fait un peu de théâtre en amateur, mais je n’ai jamais appris à composer un personnage, à le comprendre. Sur YouTube, c’était très artisanal, j’écrivais mes sketches et, durant le tournage, on faisait trois prises avec trois intentions différentes, en se disant simplement qu’on garderait la plus drôle au montage. La réflexion s’arrêtait là.

SA : J’ai toujours pensé que la comédie devait se situer dans la perception des situations ou dans la manière de s’exprimer et d’interagir, mais que tout le reste devait être très crédible, très premier degré. Typiquement, la bande d’Edgar Wright ou Leslie Nielsen, l’interprète de Frank Drebin dans les Y a-t-il un flic… ?, jouent tous la comédie avec un sérieux incroyable et c’est ce sérieux-là qui rend les choses amusantes. Si on enlève tous les gags d’un récit, on doit pouvoir le suivre malgré tout.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? est construit exactement ça : c’est une série B des années 50, Zero Hour, à laquelle les ZAZ ont « juste » ajouté des tonnes de gags…

YL :
Le tout premier montage de McWalter que m’a montré Simon, c’était un peu ça. Il avait viré la plupart des gags, pour voir si le récit fonctionnait quand même. Il a l’habitude de bosser comme ça visiblement. Je ne le savais pas du tout, et j’étais complètement perdu : « Mais ils sont passés où, nos trucs débiles ? Tu vas les remettre ? »

SA : J’étais obligé de vérifier si le récit fonctionnait tel quel. Sur 1 h 40, il y a toute une trajectoire à développer : McWalter est l’agent star de la NUS, puis il devient un pestiféré et puis il revient au cœur de l’enquête. Et ensuite, il comprend des choses sur son passé, etc.

YL : La longue séquence de l’orphelinat où McWalter revisite son enfance est typiquement le genre d’élément que Simon a apporté au film. Et c’est ce genre d’éléments dont le film avait besoin pour tenir la distance, pour ne pas être une simple succession de sketches.

McWalter (Mister V)
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Cette scène est intéressante à discuter : elle cherche à créer de l’émotion dans un genre où on en n’attend absolument pas. McWalter est un personnage de fiction qui se vit et qu’on regarde comme tel, mais vous avez aussi voulu lui implanter des traumas, un passé, une sensibilité…

SA : C’est en cela que le film nous ressemble, je crois. On n’a pas voulu faire juste un spoof [une parodie] à la française. On a voulu y mettre des affects, des choses qui
nous ressemblaient.

YL : On cherchait un équilibre entre la parodie et l’élaboration d’un personnage, qu’on
pourrait suivre à travers plusieurs films. Et puis il y avait aussi un plaisir d’acting, j’avoue… J’ai toujours trouvé que cette idée donnait un relief inattendu au film.

Dans les Y a-t-il un flic… ? ou les Hot Shots, les origin stories des héros sont systématiquement grotesques. Elles s’amusent du cliché que les personnages représentent.

YL : Oui, mais on n’a pas voulu faire une version française de ces films-là. Par ailleurs, cette scène de l’orphelinat, tu peux aussi la regarder comme une parodie des derniers Bond, où tout n’est que traumas et introspections parce que l’air du temps oblige ces figures héroïques à se remettre en question. Et je trouve que c’est plus excitant de raconter McWalter de cette manière.Le regret qu’on peut avoir, avec cette diffusion sur Prime, c’est qu’on ne saura pas si le grand public valide ou non ce genre de propositions, qui sont peu communes dans le paysage…

YL : C’est notre regret aussi. On voulait faire une tournée d’avant-premières, on voulait que le film puisse vivre un peu en salles. Juste pour voir. Et parce qu’on l’a tourné dans un esprit très « grand spectacle ».

SA : Après, heureusement que Prime est là pour prendre ce pari. On nous a donné une vraie liberté. Et un budget très raisonnable.

 

McWalter
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Justement, le budget s'élevait à combien ? 

YL : Ça avoisine les 200 millions. Juste en dessous. 199, je crois.

SA : On n’a pas roulé sur l’or, loin de là, mais on n’aurait jamais réussi à réunir cette somme avec une distribution de cinéma.

YL : Et puis pour moi, qui viens de YouTube, c’était très naturel de passer d’abord par la case « plateforme ».

C’est pour cela qu’à mon sens, le pari dont parle Simon n’en est pas un. Un youtubeur qui cartonne sur Prime, c’est un peu dans l’ordre des choses…

YL : J’aime bien l’idée de faire « étape par étape ». Après, il sera toujours temps de penser au cinéma…

Personne dans l’industrie n’est encore venu vous chercher ?

YL : Non. Ah si, si, si, je me souviens ! On avait écrit un projet pour le cinéma avec mes
coauteurs, Vincent et Freddy. C’était avec la même boîte de production que All Inclusive, le film d’Onteniente dans lequel j’avais fait une apparition. Mais ce projet a fini par disparaitre dans le brouillard du Covid… Et bon, ben, merci le Covid ! On nous avait obligés à travailler avec des auteurs qui étaient des vieux de la vieille et avec lesquels on ne se comprenait pas du tout. Ça aurait été probablement très mauvais.

Vous, Simon, vous travaillez sur des projets de long métrage depuis au moins 2012. Ça vous agace que l’industrie du cinéma ne vous ouvre pas complètement ses portes ?

YL : On lui a proposé Oppenheimer quand même…

SA : Ouais, mais non, casting un peu nul. Plus sérieusement, des portes m’ont été ouvertes, mais dès que je mettais un pied dedans, j’en mettais vite un autre dehors. Je n’aurais vraiment pas été fier de ces projets, alors que McWalter, je crois que je peux en assumer chaque photogramme.

YL : Ça me fait plaisir de t’entendre dire ça. Tu crois que tu pourras dire la même chose au moment de McWalter 7 ?

Interview : François Grelet
Photo de la couverture digitale : Julien Lienard