Passionné de ping pong, le réalisateur Josh Safdie nous raconte comment il a découvert l'histoire vraie de Marty Reisman, excentrique champion américain des années 1950 qui a inspiré le personnage de Timothée Chalamet.
Dans Marty Supreme, l'acteur Timothée Chalamet incarne Marty Mauser, prodige du ping-pong qui enchaîne tournois et combines douteuses dans le New York interlope pour financer ses déplacements. Personnage fictif… mais inspiré d’un vrai phénomène : Marty Reisman, légende new-yorkaise aux 22 titres majeurs remportés entre 1946 et 2002, dont deux US Open et un British Open.
Le réalisateur Josh Safdie découvre Reisman grâce au livre "The Money Player", offert par sa femme. Fasciné, il commence avec le scénariste Ronald Bronstein à imaginer l’histoire d’un rêveur provincial du Lower East Side propulsé sur la scène mondiale par la seule force de sa volonté.
Même si le scénario n’adapte pas directement l’autobiographie, celle-ci ouvre une porte sur une sous-culture oubliée du New York City marginal : joueurs obsessionnels, arnaqueurs, rêveurs, toute une faune que Safdie connaissait indirectement, son oncle ayant joué avec certains d’entre eux dans le quartier du Lower East Side. Josh Safdie raconte ainsi à dans le nouveau numéro de Première (numéro 570, actuellement dans les kiosques et sur la boutique en ligne) sa passion pour la petite balle blanche :
"Je faisais du ping-pong dans ma jeunesse. J'ai même cru un instant que ça pourrait être du sérieux. Mais dès mon premier tournoi, je me suis fait démolir par un joueur autrichien. J'ai laissé tomber. Le ping-pong est une affaire de famille : mon père y jouait et mon grand-oncle aussi. C'est lui qui m'a décrit en détail ce monde du tennis de table dans le New York des années 1950. C'était encore un petit sport méprisé. Il m'a initié aux champions de cette époque : Dick Miles, Sol Schiff, et Marty Reisman bien sûr. Il m'a aussi parlé de ce lieu qui m'a fasciné : le Lawrence's Table Tennis Club qui attirait toute une faune d'inadaptés et de misfits : des gens très intelligents, aux QI très élevés, mais qui avaient de très mauvaises notes à l'école. Des types humiliés socialement, mais avec un esprit de compétition très développé...".
Tout part donc d'une histoire vraie. Et même si Marty Supreme romance exagérément, invente même, plein de petits détails rejoignent la réalité. Par exemple, Reisman a bien vendu des chaussures (mais plus tard, et pas chez un parent). Né sur East Broadway, fils d’un chauffeur de taxi, il avait commencé le ping-pong à 9 ans. Très vite, il transforma son talent en business : au club Lawrence’s Table Tennis, il attirait ses adversaires, perdait volontairement quelques manches avant de doubler la mise et de révéler son vrai niveau. Un arnaqueur qui brûlait la vie par les deux bouts, comme le montre le film.
Attention aux spoilers !
Marty Supreme situe son grand échec en 1952 à Londres. Cette défaite traumatisante a bien eu lieu. Mais dans la réalité, c’était à Bombay lors des World Table Tennis Championships. Favori, Marty Reisman perdit dès le premier tour (et pas en finale) contre le Japonais Hiroji Satoh, pionnier d’une raquette à mousse révolutionnaire - qui remportera ensuite le titre.
Au total, Marty Reisman décrocha quand même cinq médailles mondiales, dont plusieurs avec son pote du club Lawrence’s, Douglas Cartland (qui devient Wally dans le film). Et là encore, les deux sont bel et bien partis en tournée mondiale faire la première partie des Harlem Globetrotters, frappant la balle avec des poêles ou des semelles de baskets.
Le destin de Marty Mauser est donc très proche de celui de Marty Reisman. La principale différence tient dans les grandes histoires d'amour inventées pour le script. Il n'existe pas d'actrice hollywoodienne nommée Key Stone, qui aurait été une star du cinéma des années 1930. De même, Marty n'a pas eu d'enfant avec une certaine Rachel Mizler. Elles ont été entièrement inventées pour le film. Le vrai Marty a été marié deux fois et a eu une vie personnelle plus discrète que celle que le film suggère. Rachel est plus ou moins inspirée de sa première épouse, Geri Falk, avec qui il a eu effectivement une fille.
Après ses aventures mondiale, Marty ouvrit à la fin des années 1950 le Riverside Table Tennis Club sur la 96e Rue, à Manhattan. Un club de ping-pong sélect' où se donnaient rendez-vous Dustin Hoffman, Bobby Fischer, ou encore Kurt Vonnegut.
Il continuera à jouer jusqu’à sa mort en 2012, alors qu’il présidait Table Tennis Nation, qu’il avait fondée pour promouvoir ce sport.
Marty Supreme est à voir actuellement au cinéma en France.







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