La Cérémonie de Claude Chabrol
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La plateforme propose plusieurs longs métrages du cinéaste dont trois chefs-d’œuvre de son imposante filmographie.

La Cérémonie (1995)

Une maison, une employée, des patrons, une postière et deux carabines. Le scénario inspiré de plusieurs faits divers dont celui des sœurs Papin, mixe clivage social, refoulement et folie meurtrière. Isabelle Huppert en postière gouailleuse et Sandrine Bonnaire en femme de maison renfermée, forment le duo diabolique de ce quasi-huis clos. Le temps d’une soirée, celui-ci va organiser - le plus naturellement du monde - un véritable carnage. Film tout en tension, à l’humour grinçant, La Cérémonie démontre surtout le génie de la mise en scène de Claude Chabrol. Une mise en scène faussement invisible, prenant parfois les apparences de la désinvolture pour mieux masquer son jeu. Et pourtant, chaque plan, chaque mouvement - par leur économie même - mettent à nu la violence du monde. Un des plus grands thrillers français.      

 

Merci pour le Chocolat (2000)

Dire de Chabrol qu'il est le plus grand pourfendeur de la bourgeoisie est aussi redondant qu’ériger Isabelle Huppert en statue de Commandeur de notre cinéma national. C’est pourtant vrai et ce film joue habilement avec ces clichés pour dresser des trompe-l’œil. Merci pour le chocolat avec également un Jacques Dutronc impérial, semble, en effet, promettre quelque chose qui ne viendra peut-être pas, le crime restant ici plus une idée qu'une action. Le personnage campé par Isabelle Huppert use de la faiblesse supposée de ses proches (mari, enfant...), pour imposer sa folie dévastatrice. Tout a cependant les apparences de la normalité (aucune dissimulation à l'intérieur du cadre). Le pressentiment qu’un drame va surgir, qu’une partie d’échec est à l’œuvre, obligent cependant à rester sur nos gardes. Nous, spectateur, scrutons donc les objets, le gens, refusons de se laisser happer par la musique... Nous croyons voir et entendre, mais il semble que le mal soit déjà fait. Et il faudra attendre l’ultime plan alors que le générique défile déjà sur l’écran, pour que l’héroïne, dans un geste d’une détresse abyssale, se dévoile enfin complétement. Merci pour le chocolat est un drame psychanalytique à réévaluer séance tenante.

 

L’Enfer (1994)

Henri-Georges Clouzot s’était cassé les dents avec cet Enfer qui portait décidément bien son nom. Le tournage chaotique raconté dans le formidable documentaire, L’enfer d’Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg, avait éreinté tout le monde. L’Enfer resterait donc à jamais un fantasme cinéphile... Jusqu’à ce que Claude Chabrol reprenne le flambeau et réécrive l’histoire. Drame de la jalousie, le film raconte comment un homme (François Cluzet), patron d’un petit hôtel familial au bord d’un lac, se persuade que sa femme (Emmanuelle Béart), le trompe. Cette tension emprisonne peu à peu le couple et avec lui ,c’est tout le film qui se retrouve pris au piège. Les visages, même innocents, font peur, les lieux, à priori banals, deviennent labyrinthiques et les images se transforment en fonction des différents points de vue (formidable séquence d’une projection improvisée dans le bar de l’hôtel qui vire à l’obsession destructrice) ... L’enfer est un film qui vibre de partout. Mention spéciale au travail du chef opérateur Bernard Zitzermann dont le sens du cadrage et de la lumière, parvient à faire corps avec la folie à l’œuvre. Chabrol plus fort que Clouzot !

Et aussi:

Disponible également : Une affaire de femmes (1988), Madame Bovary (1991), Betty (1992), Rien ne va plus (1997), La fleur du mal (2003)

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