Visions Sociales Cannes 2025
Visions Sociales

Alors que l’édition 2025 du festival Visions sociales qu’elle organise en parallèle du festival de Cannes bat son plein, focus sur les autres multiples actions de la CCAS, activités sociales de l’énergie dans le septième art

C’est un rendez- vous qui, au fil du temps, est devenu incontournable, chaque mois de mai à Cannes. Un festival dans le festival : Visions Sociales, créé en 2001. Mais ce qu’on sait moins, c’est que Visions Sociales n’est qu’une des multiples actions de la CCAS (la Caisse Centrale d'Activités Sociales du personnel des industries électriques et gazières) qui l’organise et se révèle depuis plus de 30 ans un soutien fidèle et majeur du septième art et de ceux qui le font. « Cette démarche culturelle existe depuis toujours à la CCAS et ce dans de multiples domaines artistiques », nous explique Eddy Combret, membre de la Commission Culture de la CCAS qui a pendant des années fait partie du comité de pilotage de Visions Sociales. « Un désir de créer une relation entre les œuvres et les individus, avec tout ce que cela génère comme transformation personnelle et modification du regard sur les autres… Par nos différentes actions, on souhaite faciliter l’accès à des esthétiques différentes, à des sensibilités à même d’offrir des outils pour comprendre le monde, pour mieux cultiver le désir de la transformer autour des valeurs qui ont toujours imprégné la solidarité, la justice sociale, la paix. » Un ADN qui découle de ce qu’est la CCAS, un organisme issu du monde du travail (piloté par un collectif pluraliste de représentants des salariés de l’énergie élus) qui entend travailler à l'émancipation des salariés comme de leurs familles.

Eddy Combret
Visions Sociales

Et cette noble ambition se déploie sur plusieurs terrains pour accompagner longs et courts métrages, français et internationaux, fictions et documentaires, qui ont en commun ce désir de questionner les choses tant du point de vue de l’histoire qu’ils racontent que de l’esthétique. Une démarche qui n’obéit à aucun cahier des charges mais poursuit un engagement constitutif de son histoire. « La première organisation syndicale a été créée sur la réunion des fédérations de métiers : des salariés qui s'étaient organisés pour défendre leurs conditions de travail et les bourses du travail où, pendant la révolution industrielle, alors que tout le monde ne mangeait pas à sa faim, des travailleurs ont eu la conviction qu'il fallait développer une politique culturelle. Par des bibliothèques, par des spectacles vivants, par des cours de philosophie ou d'éducation à la politique. » La CCAS se place donc au fond dans ses pas, y compris et surtout en ces temps de budgets en baisse qui percutent de plein fouet le monde de la culture. « Cette question de la nécessité que la culture est un droit et reste essentielle. Et même si ce n’était pas notre objectif premier, on est fiers aujourd’hui de soutenir tout un pan de l’industrie »

Ce soutien prend donc plusieurs formes au fil de la vie des oeuvres. D’abord via des aides à l’écriture, comme ont pu en bénéficier Stéphane Brizé, Aïssa Maïga ou encore Laurent Bécue- Renard, pour son documentaire Of men and war, qui avait ensuite été sélectionné en Séances spéciales au festival de Cannes 2014. Mais aussi par des aides à une multitude de festivals à travers la France : Cannes et toutes ses sections bien sûr mais aussi Premiers Plans à Angers, Cinemed à Montpellier, les Rencontres Internationales du Moyen métrage de Brive, Cinélatino à Toulouse, le FEMA de la Rochelle…« On s’appuie sur les remontées de nos entités territoriales pour identifier les manifestations qu’on pourrait accompagner. Puis, la Commission culture de la CCAS décide ou non de soutenir l’action ou les évènements. L’idée est d'associer démocratisation culturelle et démocratie culturelle. De donner des outils pour travailler à son émancipation et veiller à l'émancipation des autres. Et d'associer en permanence les salariés et leurs familles à la construction de cette politique culturelle ». Une logique dont découle l'aide à la distribution dont ont pu bénéficier plusieurs films, notamment avant la généralisation des projections en numérique, comme Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Sandrine Veysset ou Ma vie en rose d’Alain Berliner. D’où le fait aussi que la CCAS a été à l'initiative du Ticket Art et Essai et qu’elle continue chaque année à créer de nouveaux événements comme ce jury qui, à la Mostra de Venise 2025, réunira des adolescents français et italiens, enfants des salariés des industries électriques et gazières des deux côtés des Alpes. Mais la CCAS a su aussi prendre le virage du numérique. « On ne souhaitait pas concentrer notre action sur la seule salle de cinéma et négliger ce canal de diffusion d'œuvres qui nous permet d'être présents aux côtés des salariés et de leurs familles tout au long de l'année. » 2000 œuvres sont à disposition en VOD avec une politique d’éditorialisation pour les accompagner et même des accès gratuits à certaines primées par des jurées de bénéficiaires dans les festivals de cinéma.

Visions Sociales Cannes 2025
Visions sociales

Le mot festival nous renvoie évidemment à Visions sociales qui a ouvert ses portes le 17 mai dernier. « Son origine remonte aux années 90, fruit au fond de la longue histoire entre le syndicalisme et Cannes. Car la CGT s’était profondément impliquée pour défendre l'idée de la création d'un festival en réponse à l'appropriation par les fascistes de la Mostra de Venise. Et elle possède encore deux sièges au Conseil d’administration de Cannes. » Puis tout s’est accéléré dans les années 2000 quand la CCAS a racheté le château de la Napoule pour en faire l’écrin de Visions sociales. « Il y a eu une évolution et une montée en puissance progressives. Car le festival de Cannes ce n’est pas uniquement le luxe ou le bling bling. Il faut du temps pour expliquer que c’est un lieu qui au travers de regards cinématographiques nous permet de nous questionner sur l’état du monde, un lieu qui donne à voir des regards de cinéastes qui vivent dans des pays où réaliser un film tient du courage et de l’exploit. Et il nous paraît également essentiel que le monde du travail soit présent dans des lieux comme Cannes pour exprimer notre façon de voir les choses. Aujourd’hui, on programme 50 films par édition ». Cette année, il sera à travers eux question d’environnement, du monde du travail, de la place des femmes, mais aussi des conflits qui rongent actuellement le monde, notamment en Israël et en Palestine. Hadman Ballal, le co- réalisateur Oscarisé de No other land, sera par exemple présent pour accompagner son film.

No Other Land
L'Atlier des images

Après, entre autres, Agnès Varda Jean- Pierre Darroussin, Corinne Masiero ou encore Aïssa Maïga, c’est la talentueuse Erige Sehiri qui a été choisie comme marraine de cette édition 2025 alors que son deuxième long métrage de fiction, Promis le ciel, vient de faire l’ouverture de la section Un Certain Regard « On a toujours été attentif à accueillir des jeunes cinéastes. Et il se trouve qu’on avait eu la chance de projeter son premier long, Sous les figuiers, dans le cadre de nos partenariats avec les différentes sections du festival et qu’on l’avait adoré, tout comme son documentaire La Voie normale, consacré aux travailleurs du rail en Tunisie. » La CCAS profitera aussi de cette édition 2025 pour dire haut et fort ses craintes face aux coupes budgétaires qui menacent ou ont déjà frappé le secteur culturel à travers les pays. « On est en train d’en formaliser l’expression mais on entend dire haut et fort qu’on a plus que jamais besoin d’un secteur artistique et culturel divers et puissant. Et que ce qui se passe aujourd'hui le met un danger. Y compris en termes d’éducation populaire, d'un enrichissement des regards sur l'état du monde. » Et ce combat- là, c’est tout sauf du cinéma !

Promis le ciel d'Erige Sehiri
Maneki Films - Henia Production