Fuori de Mario Martone
Le Pacte

Mario Martone signe un film bien sage pour raconter Goliarda Sapienza, autrice flamboyante à la vie chaotique. Un contre-pied qui ne fonctionne pas.

On attendait beaucoup du retour à la compétition cannoise de Mario Martone, trois ans après le magnifique Nostalgia avec Pierfrancesco Favino qui avait été injustement oublié du palmarès. Après un portrait d’homme revenant dans sa ville natale de Naples après 40 ans d’absence, il s’essaie ici à un portrait de femme. Et pas n’importe quelle femme ! Goliarda Sapienza, une écrivaine, originaire d’une famille de socialistes anarchistes siciliens, émancipée de tous les dogmes, partageant sa vie sentimentale entre hommes et femmes. Et morte en 1996 sans avoir vu publier son chef d’œuvre, L’Art de la joie, fruit d’un travail de dix ans qui ne sortira en Italie qu’en 2008, après le succès de ses livres en France.

Fuori se concentre sur un des épisodes de la vie mouvementée de Sapienza. Ce moment où, rejetée par toutes les maisons d’édition, elle a commis un vol de bijoux qui lui a tout coûté – réputation, position sociale – et valu une incarcération dans la plus grande prison pour femmes d’Italie où elle s’est liée d’amitié avec nombre de ses camarades de cellule qu’elle continuera à fréquenter après sa libération. Un sujet fort, un personnage passionnant de complexité et le choix emballant de le confier à la toujours vibrante Valeria Golino : tous les clignotants semblaient ici au vert !

Sauf que, comme angoissé à l’idée d’en rajouter dans la flamboyance chaotique de l’ensemble, Martone a choisi de la jouer mezza vocce mais sans jamais parvenir à rendre pertinent ce parti pris de contre-pied. Le scénario se perd dans des flashbacks et flashforwards compliquant inutilement un récit où on reste en permanence à la surface des choses, au point qu'on n'apprenne au fond rien d'elle, ni des raisons profondes qui expliquent la censure dont elle fut victime.

Tout apparaît au fond ici désespérément convenu. Y compris la liaison entre Sapienza et Roberta, l’une des jeunes prisonnières (pourtant remarquablement incarnée par Matilda de Angelis) qui lui redonnera le désir de vivre et d'écrire – dont les soubresauts paraissent trop fabriqués ou téléphonés. Martone ne se hisse donc jamais ici à la hauteur de Nostalgia, en dépit de l’engagement total d’une Valeria Golino, qu’on sent habitée par le rôle au sein d’un film bien trop petit pour elle.

De Mario Martone. Avec Valeria Golino, Matilda de Angelis, Elodie… Durée : 1h57. Sortie le 3 décembre 2025