Alex Lutz : "Devant Kramer contre Kramer, je dégouline du début à la fin..."
Columbia Pictures

Arte mise sur un grand drame américain, ce soir, avec Meryl Streep et Dustin Hoffman.

Il y a cinq ans, le tout juste césarisé Alex Lutz nous confiait sa passion pour ce mélodrame porté par Dustin Hoffman et Meryl Streep. Kramer contre Kramer est diffusé ce soir sur Arte.

Par Thomas Baurez

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Lorsqu’Alex Lutz décroche le téléphone, la cérémonie des César ne l’a pas encore sacré meilleur acteur pour son Guy. Il espère bien sûr mais n’y croit pas trop. Son Guy, chanteur de variet’ vieillissant, distille une mélancolie tenace. Faux portrait intime mais tourné à la façon d’un vrai, le film n’est pas un feu d’artifice d’émotions mais avance au contraire avec la pudeur de celui qui a appris à n’en rien laisser paraître.

Pourtant, lorsqu’on lui a proposé de choisir une œuvre qui lui tient à cœur pour cette rubrique (cette interview est issue du Première Classics n°7, d'avril à juin 2019), Lutz a choisi un pur mélodrame hollywoodien, ceux qui n’hésitent pas à mettre les curseurs un peu haut et peuvent tâcher si on n’y prend pas garde.

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Kramer contre Kramer de Robert Benton. 1979. Récit d’une séparation avec un blondinet de six ans au milieu. Meryl Streep quitte Dustin Hoffman dès les premiers instants du film, puis disparait de l’appartement new-yorkais et de l’écran. Du moins pour un temps. L’homme esseulé apprend alors à devenir ce qu’il avait un peu oublié d’être : un père. Un vrai, de ceux qui savent préparer du pain perdu le matin, trouver le bon pantalon qui ira avec le t-shirt, arriver à l’heure à l’école, lire ou inventer une histoire avant d’éteindre la lumière…

« Le film reste pourtant très sobre, commente Alex Lutz. Il a par exemple une manière formidable de montrer comment cet homme va devenir un père. Ça passe beaucoup par le langage du corps, un apprentissage de ces corps entre ce père et cet enfant. C’est très animal cette tendresse un peu lourde, gauche, cette façon de toucher son enfant comme pour vérifier sa présence, le protéger… »

A la fin des seventies, le combat de libération des femmes existe certes mais la société reste encore accrochée à ses vieilles valeurs qui voudraient surtout voir bobonne à la cuisine. Aussi le départ de Meryl Streep du foyer est un geste qui ébranle bien plus que la petite cellule familiale. Un vent nouveau souffle sur l’époque.

« Kramer contre Kramer est un film qui ne finit pas de m’impressionner et notamment par le culot de son scénario. Il fait le pari que le public de 1979 va éprouver de l’empathie pour cette mère qui disparaît un an sans donner de nouvelles. Et pourtant, on comprend qu’elle doit en passer par là, il faut qu’elle éprouve cette douleur et cette liberté, pour se retrouver elle et donc son enfant. C’est très beau. »

Lorsque le personnage refait surface dans la dernière partie, c’est désormais avec l’aide d’avocats que l’ancien couple devra composer pour se partager la garde d’un enfant qui n’a rien demandé à personne. Que celui ou celle qui reste sec comme un biscuit périmé devant Kramer contre Kramer, nous jette le premier kleenex. On saura quoi en faire.

Lorsqu’Alex Lutz décroche le téléphone, il avoue d’emblée : « Je dégouline comme une madeleine devant ce film du début à la fin même après la trentième vision, il doit bien y avoir un truc… » Et Lutz d’évoquer le divorce de ses parents. Comme le petit Billy du film, il avait six - sept ans et « exactement la même trogne ! » Les larmes s’expliquent. Elles ne suffisent pas cependant à expliquer la beauté du film. « Cette tenue et cette modernité » qui le rendent universel et indémodable. Le film a reçu 5 oscars dont celui du meilleur acteur pour Hoffman et meilleure actrice dans un second rôle pour Meryl Streep.

« Nous, français, conclut Alex Lutz, avons un vrai problème avec l’émotion dont on finit par s’excuser très vite. Je me souviens que le mot « pathos » est revenu à la mode dans les années 90. Vous pouviez faire quelque chose mais ne surtout pas être « pathos ». Pourtant, une charge d’émotion très forte si elle est tenue, c’est très fort. La preuve ici. »


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