Titre original La grande bellezza
Date de sortie 22 mai 2013
Réalisé par Paolo Sorrentino
Avec Toni Servillo , Carlo Verdone , Sabrina FERILLI
Scénariste(s) Paolo Sorrentino, Umberto CONTARELLO
Distributeur Pathé !
Année de production 2013
Pays de production IT
Genre Comédie dramatique
D’après l’œuvre de Paolo Sorrentino

Synopsis

Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu « l’appareil humain » – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant.

Photos

La Grande Bellezza

Critiques

  1. Première
    par Frédéric Foubert

    Les mouvements de caméra virtuoses qui laissent le souffle court et les yeux exorbités ; le sens tétanisant du montage pop ; une pensée se déployant selon un rythme quasi hallucinatoire... Dès les premiers plans de La grande bellezza, on comprend que c’est gagné. La page This Must Be the Place est tournée, l’escapade new wave avec Sean Penn n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Paolo Sorrentino est de retour à la maison en compagnie de son acteur fétiche, le génial Toni Servillo, pour une nouvelle dérive mentale dans le cerveau en surchauffe d’un homme au soir de sa vie. Un fi lm jumeau d’Il divo ? En partie, oui, même si la rage punk qui animait le brûlot du cinéaste sur les magouilles de la Démocratie chrétienne est ici tempérée par l’empathie totale de Sorrentino pour son personnage, sorte de mix romain de Salinger et de Bret Easton Ellis, écrivain dandy qui vit sur le souvenir d’un chef-d’oeuvre écrit il y a quarante ans. À travers lui, ses déambulations mélancoliques, ses conversations baroques, ses ruminations amères, ses aphorismes cyniques, le metteur en scène observe une Italie post-Berlusconi en pleine déconfi ture culturelle et morale. Et c’est bien sûr tout sauf un hasard si Céline est cité en exergue. Comme l’auteur du Voyage au bout de la nuit, le cinéaste vomit la médiocrité de ses contemporains. Comme lui, il part au combat avec pour seule arme la suprématie de son style. En l’occurrence, un cortège de visions folles, d’embardées opératiques et de décrochages sensuels, à la fois hanté par la littérature et totalement électrisant, sans aucun équivalent dans le cinéma de la Péninsule (scusi, Nanni). Pour un peu, cette hauteur de vue esthétique, ce désespoir crépusculaire donneraient à La grande bellezza des allures de film somme, d’oeuvre testamentaire d’un vieux maître revenu de tout. Sauf que le « vieux maître » en question a 42 ans et pète manifestement la forme, exactement comme Fellini quand il tournait 8 ½... Et si on pense ici au créateur de La dolce vita et d’Intervista, ce n’est finalement pas tant pour le déchaînement bouffon et le défilé de saintes, de freaks et de putains, que parce que Sorrentino donne l’impression d’errer, seul, dans les décombres fumants de l’âge d’or du cinéma italien. En cela, il est raccord avec son alter ego incarné par Servillo, un homme obsédé par une chimère, un esthète à la recherche de l’idéal insaisissable qui donne son titre au fi lm. En bout de course, il finira par la trouver, et nous avec lui. « La grande beauté » ? Elle est là, sous nos yeux.