Toutes les critiques de Je ne suis pas votre nègre

Les critiques de Première

  1. Première
    par Gael Golhen

    I Am not your Negro : un essai douloureux sur la lutte des races

    Le film de Raoul Peck, nommé aux Oscars, est à ne pas rater.

    La rage, la voix, la couleur. La rage, la voix, la couleur sont celles de James Baldwin, écrivain dont la lucidité ravageuse et la colère mélancolique ont éclairé le mouvement des droits civiques des années 60. Le film que lui consacre Raoul Peck est moins un documentaire sur la condition noire aux Etats-Unis – comme le formidable 13ème d'Ava DuVernay – qu’un traité sur l’Amérique ségrégationniste emballé dans une mise en scène impressionniste.

    Le cinéaste est parti d’un texte inachevé du poète sur trois figures black des 60’s (Medgar Evers, Martin Luther King et Malcolm X) qui devait lui permettre d’évoquer la discrimination et d’affirmer sa position d’esthète rebelle et de témoin distant. Mais pour Peck, Baldwin et ces trois destins racontent d’abord l’Amérique - comme il le dit à un moment : « l’histoire du nègre en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique… et ce n’est pas une belle histoire. ». Celle des sixties et celle d’aujourd’hui. Angry man au pays des Mad Men, Baldwin (dont on entend les textes, mais qu’on voit aussi à l’écran) devient un croisé fantomatique de l’intégration et de l’égalité raciale, et sa voix de dandy comme sa présence élégante résonnent puissamment grâce à la mise en scène qui relie passé et présent dans une architecture poétique très forte. Le résultat fonctionne comme une histoire intime de l’écrivain, mais surtout comme un essai douloureux sur la lutte des races. Vu depuis l’Amérique trumpisée, Je ne suis pas votre nègre laisse entendre que le pays fait marche arrière…