En attendant Fargo – saison 5, toute la série est dispo sur MyCanal
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Les histoires portées par Martin Freeman, Kirsten Dunst, Ewan McGregor et Chris Rock sont toutes originales et de qualité. Première vous les conseille.

Le mois dernier, on apprenait que suite à la fermeture prématurée de Salto, c'est MyCanal qui allait reprendre les droits de diffusion de Fargo, la série événement de Noah Hawley. La cinquième saison, une nouvelle enquête farfelue portée par Juno Temple, Jon Hamm ou encore Jennifer Jason Lee, sera proposée en début d'année 2024. Ses 10 épisodes de 52 minutes seront précisément diffusés à partir du 18 janvier, à raison de deux épisodes chaque jeudi soir.

Fargo saison 5
FX/Canal +

Pour patienter, MyCanal vient d'ajouter à son catalogue ses quatre premières saisons. Arrivées cette semaine, elle valent toutes le détour, chacune à leur façon. Car en créant une série d'anthologie, librement inspirée du polar culte des frères Coen de 1996, le créateur de Légion a multiplié les intrigues déjantées, les castings fous et les réflexions sur le monde. Ainsi que les clins d'oeil à l'oeuvre globale du duo de cinéastes : par exemple, la troisième saison citait davantage The Big Lebowski que Fargo !

Martin Freeman Fargo saison 1
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"This is a true story"

Fargo saison 1 (2014) : une mise en bouche glaçante

Se déroulant en 2006 dans le Minnesota, l'intrigue suit un homme sans envergure (Martin Freeman), dont la vie va basculer. En partie à cause d'un certain Lorne Malvo (Billy Bob Thornton), un tueur à gages expérimenté. La double enquête de Molly (Allison Tolman) et de Gus (Colin Hanks) sera pleine de rebondissements.

Il y a déjà près de dix ans, Première avait été conquis par cette première saison. Notamment pour la cohérence absolue de ses dix épisodes, mais aussi pour son incroyable distribution.

"Écrit dans sa totalité par un seul homme, Noah Hawley (qui s'est fait les dents sur des épisodes de Bones), Fargo brille par sa cohérence et sa logique narrative, écrivait-on au moment de faire le bilan du show. En se replongeant dans les premiers épisodes, la conclusion affirme ce bon sens. La symétrie des plans et des rebondissements impeccables et le recours constant à des allégories donneront la clé d'une démonstration calibrée. (…)

Objet à part, Fargo n'a rien d'un remake. Pourtant, la série reste continuellement nourrie de références à l'oeuvre matricielle (jusqu'à l'habillage musical de la scène finale) pour se distinguer à son tour et s'inscrire dans le sillage du film des Coen, sans le gêner le moins du monde. Une réussite à mettre évidemment aussi au crédit de son casting quatre étoiles, où chaque comédien occupe le terrain, Billy Bob Thornton et Martin Freeman les premiers, qui n'auront cessé d'exceller dans des joutes verbales affutées. Saluons aussi le travail sur l'évolution des personnages, de Lester qui cache un Walter White wannabe, à Bill, le chef de la police, incarné justement par Bob Odenkirk."

 

Fargo Saison 2
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Fargo saison 2 (2015) : absurdement violent, violemment absurde

Changement de casting, d'histoire et d'époque pour cette "suite", racontant dans le détail un fait divers évoqué plusieurs fois au cours de la première saison. Nous sommes en 1979 à Sioux Falls et un couple, formé par Kirsten Dunst et Jesse Plemons, a tué par accident un jeune homme (Cieran Culkin), ce qui va entraîner un effet boule de neiges impossible à prévoir. Cette fois, c'est Lou Solverson (Patrick Wilson) qui enquête.

Première avait pris une grosse claque devant la deuxième saison de Fargo et ses références inattendues. Voici quelques extraits de notre longue critique.

"Pour leur prestation dans la saison 2 de Fargo en petits commerçants transformés en Bonnie and Clyde du dimanche, Kirsten Dunst et Jesse Plemons méritent un Emmy. Mieux, ils devraient recevoir un Molière. Spectaculaire, leur performance en équilibre constant entre tragique et grotesque, est placée sous le direct patronage d’Albert Camus, de Samuel Beckett et d’Eugene Ionesco. Une œuvre de ce dernier en particulier, Rhinocéros, fournit la clé pour comprendre le projet du showrunner Noah Hawley sur cette saison 2.

(…)

Le truc avec Peggy et Ed Blumquist, c’est que leur nom de famille à beau sonner scandinave, ce sont de parfaits Américains. Or la violence nous dit Fargo, est une affaire typiquement américaine. Tout comme le fait de vivre dans son déni. L’histoire du pays se résume à une succession de cycles de brutalités escamotés derrière un discours d’unité. Malin, Noah Hawley trouve la justification parfaite au principe anthologique adopté par la série : les crimes de 1979 comme ceux de 2006 ne font jamais que s’inscrire dans une tradition ancestrale de massacres qui remonte pour la région, dit-on, à 1825. C’est-à-dire à une époque où l’Amérique commettait son péché originel : le génocide de ses populations autochtones. Le souvenir de cette tragédie plane sur la saison toute entière, centrée autour du patelin Sioux Falls. 

(…)

Brillant essai d’histoire politique, la saison 2 de Fargo ne se contente heureusement pas de condenser et commenter avec acuité et irrévérence des siècles de soubresauts civilisationnels en une poignée d’épisodes. La série y réitère, avec plus d’assurance encore, ce geste cinéphile fou osé l’an passé. Chaque épisode, chaque scène, chaque plan, chaque ligne de dialogue exsude de la part de l’équipe de la série une admiration sans bornes pour la filmo des frères Coen. Noah Hawley et ses troupes multiplient à nouveau les easter eggs. On se croirait parfois au Lebowski Fest, cet événement annuel organisé dans le Kentucky par les fans de The Big Lebowski."

Fargo saison 3
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Fargo saison 3 (2017) :  double dose de plaisir

Retour dans le monde moderne, précisément en 2010 dans le Minnesota. Ewan McGregor joue deux jumeaux que tout oppose, sa partenaire à la ville Mary Elizabeth Winstead est une séduisante arnaqueuse, David Thewlis est un criminel incroyablement retors et Carrie Coon est chargée de démêler le vrai du faux dans leurs histoires invraisemblables.

Cette fois encore, Fargo marque les esprits grâce à son casting aux petits oignons. Les acteurs s'éclatent dans leurs rôles plus marquants les uns que les autres, et ça se voit. McGregor s'était notamment confié avec énormément d'enthousiasme dans Première au moment de son tournage.

"On retrouve avec jubilation cette ambiance électrique et désabusée, qui fonctionne à merveille pour nous attirer vers sa galerie de personnages magnétiques, écrivait-on lors de sa première diffusion. Ces losers magnifiques du Midwest, si bien représentés par un Ewan McGregor flamboyant. (…) Face à lui, le charme destructeur de Mary Elizabeth Winstead opère à plein. Et David Thewlis (le Remus Lupin d'Harry Potter) - affûblé d'un improbable sourire fétide - apparaît plus inquiétant que jamais."

Chris Rock Fargo saison 4
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Fargo saison 4 (2020) :  guerre des gangs

Nouveau retour dans le temps, nous voilà à Kansas City dans les années 1950. Deux gangs, un italo-américain et un afro-américain, se livrent à un conflit sans merci. Pour calmer le jeu, leurs boss décident d'échanger leurs jeunes fils. En élevant la progéniture de l'autre, ils sont certains de faire revenir la paix. Pourtant, trahisons et rébellion vont chambouler tous leurs plans de façon sanglante.

Chris Rock, Jason Schwartzman, Jessie Buckley ou encore Ben Whishaw incarnent à leur tour des anti-héros américains, dans ce qui s'avère être la saison la moins passionnante pour l'instant. Trop lente, trop répétitive, cette 4e histoire, malgré les ambitions élevées de son créateur, n'accroche pas de façon aussi évidente le public que les précédentes, mais elle reste tout de même intéressante sur bien des points. Son casting est une nouvelle fois exceptionnel, comme sa mise en scène et sa reconstitution des 50's. Sa musique, toujours composée par Jeff Russo et pensée comme un hommage direct au travail de Carter Burwell, reste entêtante. Et le sujet des différentes vagues d'immigrations qui ont participé à construire les Etats-Unis d'aujourd'hui est riche. Dommage que ce récit perde un peu de son humour noir qui faisait jusqu'ici la signature si particulière de Fargo.

A en croire les différents teasers de la saison 5, la prochaine histoire devrait largement renouer avec l'esprit grinçant des premiers épisodes. Voici par exemple celui consacré au personnage de Jon Hamm :


Oscars : En 1997, pour Fargo, le discours de Frances McDormand était déjà féministe et puissant