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Les Croods reviennent ce soir à la télé.

Gulli rediffuse ce soir (à 21h05) Les Croods, le film d'animation de Dreamworks sorti en 2013. A l'époque, Première avait beaucoup apprécié cette histoire de famille préhistorique, et avait pu parler de sa fabrication avec son coréalisateur, Chris Sanders, qui était également revenu sur une autre de ses mises en scène marquantes (coréalisée par Dean De Blois) : Dragons (2010).

Nous repartageons cet entretien pour patienter jusqu'au retour des Croods à la télévision, et en attendant aussi la sortie du prochain film d'animation du réalisateur, Le Robot Sauvage, dont la superbe bande-annonce a récemment été dévoilée par Dreamworks.


Bande-annonce pleine de poésie du Robot sauvage, le prochain Dreamworks

PREMIÈRE : Chris, vous ne seriez pas le "Cobra Bubbles" de l’animation ?
CHRIS SANDERS : Pardon ?

Vous savez, ce personnage dans Lilo & Stitch qu'on appelle "lorsque les choses dégénèrent"
Ah, tu dis ça parce qu’on m’appelle à la rescousse sur des projets qui patinent ou qui sont au point mort ?

En l'occurrence, Les Croods était à l'origine un scénario développé par John Cleese pour les studios Aardman... 
John et Kirk De Micco (le coréalisateur) avaient effectivement écrit une première version du film, en 2005 je crois. Pour des raisons économiques, le projet n’a pas pu se monter. Quand je suis arrivé, j’ai voulu garder l’idée principale : un père de famille, vivant à l’ère préhistorique, qui a peur de la modernité et de tout ce qui est nouveau. C’est une idée géniale qu’on doit à John. Il déteste la technologie, et c’est sans doute pour ça qu’il avait proposé ce film à Aardman.

Dragons Dean DeBlois
Universal Pictures International France / Pacific Coast News/ABACA

Dragons (2010) avait déjà connu une production compliquée... 
C’est le moins qu’on puisse dire ! À l’époque, je travaillais déjà sur Les Croods, mais on nous a proposé, à Dean (DeBlois, coscénariste et coréalisateur du film) et moi, de reprendre ce projet qui n’avançait plus. Le planning que DreamWorks nous a imposé était complètement dingue ! Je me souviendrai toujours d’un déjeuner au cours duquel Jeffrey (Katzenberg) nous a dit : "D’habitude, on doit s’y reprendre à trois fois avec ce genre de long métrage avant d’aboutir à une version satisfaisante. Là, vous n’aurez même pas de seconde chance. Impossible de vous planter." Il a su nous mettre à l’aise. (Rire.) Mais ce fut une expérience géniale. Sur Dragons, j’ai appris qu’il était possible de faire les choses plus vite sans se compromettre. Il faut se concentrer sur l’histoire, ne pas se laisser distraire par l’accessoire – le gag pour le gag – ou par un personnage qui nous plaît mais qu’on n’arrive pas à inclure dans le script. Il faut dégraisser, aller à l’essentiel.

Pour passer en force ? Dragons avait surpris tout le monde par sa maturité et par cette fin très sombre, dont on dit que vous aviez pu l’imposer à cause de l’urgence, justement... 
J’aime travailler dans ces conditions. (Sourire.)

Comme un pirate ? 
Disons que j’aime repousser les limites visuelles et narratives de mon art et que les films qui me permettent de m’épanouir sont ceux sur lesquels je suis sûr de pouvoir m’amuser. Si je travaillais sur un conte de fées, par exemple, je sais que je ne pourrais pas me libérer des carcans parce que c’est un univers qui exige le respect de structures et de formes très figées.

Vous ne pourriez pas aller vers l’abstraction ? Je dis ça parce que tous vos films, de Dragons, qui traite de l’apprentissage, aux Croods, relecture du mythe de la caverne, fonctionnent d’abord sur le plan conceptuel. 
(Silence.) Dans Les Croods, il y a une scène que j’avais tenté d’inclure dans tous mes films précédents sans jamais y parvenir. C’est l'instant où Guy et Eep grimpent au sommet d’un arbre et regardent le ciel étoilé. C’est mon moment préféré. Je savais qu’il fallait que je protège cette séquence parce qu’elle n’a pas de dialogues, que c’est une respiration et que n’importe qui pouvait donc la couper. Or c’est une scène essentielle où se joue tout le film. Les personnages comprennent leur rapport au monde, ils changent. Ils sont sur le point de faire des choix qui vont bouleverser leur vie et j’avais besoin de montrer ça par la seule force de la musique et de l’image. Mais tu as raison, ce qui m’intéresse, c’est de créer des personnages qui plongent dans l’inconnu, dans un monde mystérieux, immense et vrai. Je ne sais pas si c’est platonicien, mais ça m’obsède.

Vos films sont théoriques, mais aussi très cinématographiques. De ce point de vue, la première scène des Croods est incroyable. 
Quand j’ai senti qu’il y avait la possibilité de réaliser un gros délire façon Looney Tunes, une scène bourrée d’action et super excitante, j’y suis allé à fond. L’idée, c’était que le film réinvente les hommes préhistoriques comme Danny Boyle l’a fait avec les zombies dans 28 Jours plus tard. Du coup, cette séquence avait une triple fonction. D’abord, me faire plaisir. Ensuite, montrer au spectateur de quoi cette famille est capable, à quel point ils sont forts, rapides et où ils en sont mentalement, à savoir pas très loin... Enfin, présenter leur environnement.

Vous évoquez les Looney Tunes, j’ai plutôt pensé à du Tony Scott... 
(Rire.) Pas loin ! Ma véritable inspiration a été l’ouverture du Flic de Beverly Hills, quand Axel Foley vend des cigarettes de contrebande à l’arrière d’un camion. Soudain les flics débarquent et le véhicule démarre en trombe, emboutissant les bagnoles sur son passage, avec Axel cramponné à l’arrière. Dans Les Croods, tu vois le moment où l’éléphant dévaste tout ? C’est le même cadre, le même plan que quand le camion de Foley explose les voitures dans le parking.

Platon qui croise Le Flic de Beverly Hills... Ce serait ça la définition des Croods ? 
Elle me plaît bien, en tout cas.

Interview Gaël Golhen

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