Ruben Ostlund Palme d'Or à Cannes 2022 pour Sans Filtre
ABACA

Le réalisateur de The Square et Sans filtre a une idée bien radicale pour réguler ce qu’on voit sur nos écrans.

A l'image de ses deux Palmes d’Or à Cannes, pour The Square (2017) et Sans filtre (2022), Ruben Östlund signe des satires sordides et comiques autour de la bourgeoisie aux bonnes idées, la société de consommation et la vanité. Que l’on aime ou non, il a son style bien à lui et questionne toujours notre rapport au monde et nos relations aux autres.

A l’occasion de la sortie prochaine en Grande-Bretagne du documentaire primé au Sundace Film Festival, Fantastic Machine, dont il est producteur exécutif, le cinéaste suédois livre au média britannique The Guardian, une interview "sans filtre" sur la société, les écrans… et la caméra – cette "machine fantastique".

Selon Östlund, il ne faut pas prendre à la légère l’impact qu’a une caméra, et par extension les films, sur notre perception du monde. Que ce soit dans les médias ou au cinéma, les images dictent notre vision. Aussi pourquoi ne pas réguler l’utilisation de la caméra ?

"J’ai une idée. Et si on était autorisé à utiliser une caméra seulement si on avait une autorisation pour ? Il en faut bien une pour les armes à feu – au moins dans les pays développés. La caméra est un puissant outil."

Sans filtre : Woody Harrelson et Ruben Ostlund
Plattform Produktion

Une idée que l'on peut juger radicale, mais que l’ancien président du jury du Festival de Cannes justifie de cette manière :

"Les films changent le monde, et c’est important de prendre cela en compte quand on est dans le domaine. Dans l’industrie du divertissement, il y a cette étrange sensation que si on a affaire à une fiction, alors ça ne va pas avoir d’impact sur le monde. Vous devez vraiment vous battre pour que les gens comprennent quel genre d’effet les images que l’on consomme ont."

Déjà, l’année dernière, à l’occasion de sa masterclass au Festival des Arcs, il avait confié durant une interview pour Première l’importance du septième art dans la perception du monde et de l’expérience collective que l’on fait dans une salle de cinéma. Il avait d’ailleurs aussi divulgué quelques informations sur son quatrième long-métrage, The Entertainment System is Down qui, déjà, annonçait une réflexion sur notre rapport aux écrans et donc à la caméra :

"Cela se passe dans un vol très long-courrier, et peu de temps après le décollage, les passagers apprennent avec horreur que le système vidéo ne marche pas. Je voulais trouver un cadre qui me permette d'analyser ce que les smartphones nous ont fait."

A la suite de la proposition de Ruben Östlund sur l’autorisation d’utiliser une caméra, quelques internautes, qui visiblement n’ont pas apprécié ses films, se demandent s’il ne serait pas le premier à ne pas obtenir cette autorisation.