Spider Man New Generation
Sony Pictures

Rencontre avec la présidente Kristine Belson.

Présent en force mi-juin au festival Annecy, Sony venait annoncer une partie de son line-up des prochaines années, quelques mois seulement après l’Oscar de Spider-Man : New Generation. Un sacre au nez et à la barbe de Pixar (Les Indestructibles 2) et Disney (Ralph 2.0) qui n’a pas fini de secouer l’industrie, à l’heure où chaque studio cherche à se réinventer pour éviter de lasser le public. À ce petit jeu, Sony Animation semble avoir une longueur d’avance et surtout une ligne éditoriale claire, martelée comme un mantra durant une heure trente : faire « des films différents » de la concurrence. Avec une désarmante décontraction, la présidente de Sony Animation, Kristine Belson (en poste depuis quatre ans et ancienne protégée de la puissante productrice Amy Pascal) a égrené ses nouveaux projets de la frime, dont la création de Sony Pictures International, une branche destinée à dénicher de nouveaux talents un peu partout dans le monde (France, Espagne, Zimbabwe, Colombie…). Wish Dragon, co-produit avec la Chine, en sera le premier de cordée. 

En parallèle, Sony a dévoilé les premières images d’Angry Birds 2 (visiblement beaucoup plus drôle que le premier d’après l’extrait montré à l’assistance), de The Mitchells vs. The Machines (une banale famille américaine confrontée à des robots qui veulent détruite le monde. Très alléchant) et de Vivo (une comédie musicale réalisée par Rich Moore avec des chansons signées Lin-Manuel Miranda). Accueilli comme une rock star, le surdoué Genndy Tartakovsky (la trilogie Hôtel Transylvanie, la série Samouraï Jack) a également annoncé travailler sur deux films, Fixed et Black Knight. Le premier est une comédie pour adultes sur la dernière nuit d’un chien avant sa castration, alors que le second sera « fucking nuts », selon les propos de son réalisateur. « Prenez tous les films d’action que vous adorez, ajoutez des ninjas et vous obtenez Black Knight », promet-il.

Au lendemain de la présentation, Première a fait le point sur l’avenir de Sony Animation avec Kristine Belson. 

Comment Spider-Man New Generation a réinventé le mythe de l’homme-araignée

Quel impact a eu le succès de Spider-Man : New Generation sur la stratégie du studio ?
Ça n'a pas vraiment changé le point du vue du studio, ça a plutôt validé nos choix. Quand je suis arrivée il y a quatre ans chez Sony, on s’est mis d’accord pour faire des films différents. Parce qu’on avait perçu ce que tout le monde commence à voir aujourd’hui : tout se ressemble dans ce que produisent les studios d'animation aux États-Unis. Cette formule a fait son temps, on le voit en analysant le box-office. Il faut changer de fusil d’épaule. Le problème est que c'est très long de faire un film d’animation, et donc ça a pris plusieurs années pour y parvenir. Spider-Man : New Generation n'a fait que prouver que ce qu'on pressentait, c'est-à-dire qu'on pouvait proposer quelque chose de tout à fait original et en faire quand même un succès. Hôtel Transylvanie 3 était également dans cette mouvance, même si on en parle moins parce qu’il s’agit du troisième volet d’une franchise installée et a priori très commerciale. Mais ce qui est super avec New Generation, c'est qu'il a élargi le public, avec un gros succès sur les adultes, notamment aux États-Unis.

À quel point les adultes sont devenus importants pour assurer un succès commercial dans l’animation ?
On n'est pas obligé d'avoir les adultes pour que notre business model fonctionne, à part pour des projets spécifiques comme Fixed. Mais ça aide évidemment à faire plus d’entrées. Disons que ce n'est pas essentiel, mais c'est important.

Vous misez beaucoup sur la liberté des artistes, une nouveauté dans le système des studios. L’industrie a-t-elle mis trop de temps à comprendre que les créatifs ont besoin d’être moins bridés ?
Sûrement. Contrairement au cinéma en live action, dans l’animation on fonctionne beaucoup en comités. On parle de « studio brain trust ». Et c'est pour ça que tous les films ont commencé à se ressembler : tout le monde avait son mot à dire. Par contre, il existe des gens comme Brad Bird ou Tim Burton qui sont capables de tout chambouler. On veut soutenir ce genre de réalisateurs, être le studio qui se trouve du côté des cinéastes les plus singuliers.

C'est pour ça que vous recherchez de nouveaux talents à travers le monde avec Sony Pictures International ?
Si on part du principe que les films doivent être différents, ils ne peuvent logiquement pas être faits par des gens formés aux États-Unis dans les mêmes écoles. La planète est grande, c'est essentiel d'aller chercher ailleurs.

L’idée est de travailler avec des réalisateurs qui ont déjà fait leurs preuves localement ou bien de faire émerger de nouveaux cinéastes ? 
C'est un mélange des deux selon les pays, même si on veut vraiment dénicher de nouveaux storytellers pour leur donner accès à des producteurs expérimentés et aux moyens d'un grand studio. On veut les aider en trouvant les meilleurs compositeurs, les animateurs qui correspondent le mieux au projet... Mais il faut faire attention, parce qu'on ne veut pas asphyxier leur authenticité. On n'en est qu'au début, donc il faudra qu'on trouve comment leur donner un coup de main sans transformer leurs films en oeuvres américaines.

Que pouvez-vous nous dire sur votre collaboration avec des Français ?
Pour l’instant, rien ! Le seul dont on peut parler à l’heure actuelle est Wish Dragon, celui qui est produit en Chine. Mais il y en a partout : France, Espagne, Indonésie... 

Que pensez-vous de l’arrivée de Netflix dans le cinéma d’animation avec Klaus ?
C’est super.

Pourtant vous êtes sur la même ligne : plus de liberté pour les créatifs. Vous ne prenez pas Netflix comme un concurrent ?
Nos discours sont effectivement très proches car ils sont arrivés aux mêmes conclusions que nous. La méthode est assez similaire : on essaie de ne pas trop intervenir dans le processus créatif. Mais ils font tellement de films ! Je ne suis pas sûre qu'ils pourraient tout superviser même s'ils le voulaient. Netflix doit encore construire tout une infrastructure qu'on a déjà. Mais leur stratégie et leur succès nous servent. 

De quelle façon ?
Plus les gens verront des contenus qui viennent de partout dans le monde, plus ils auront envie de diversité. On bénéficie toujours de l’arrivée d’un nouvel acteur sur le marché. Et puis, chez Sony Animation, on est ouverts à toutes sortes de façon de montrer nos films aux gens. J’ai envie qu’on trouve le moyen de travailler avec Netflix sur le sujet, parce la distribution des films a changé à une vitesse folle ces dernières années, à un point que je n'aurais jamais pu imaginer. Bon, ceci dit je suis quand même compétitive et je crois profondément à la salle de cinéma. Je ne pense pas une seconde qu'elle disparaîtra.

Le cinéma d’animation américain semble effrayé à l’idée de faire des drames. Vous avez une explication à ça ?
Je me permets de vous contredire car Black Knight de Genndy Tartakovsky sera un pur drame (Rires.) Mais pour être honnête, on verra toujours des comédies chez Sony parce que l'animation est parfaite pour ça, on peut ciseler les blagues jusqu’à approcher la perfection. Et puis le monde est dur, les gens ont besoin de rire. Mais le ton des films d'animation a ceci de particulier qu’il est élastique, on peut faire de la comédie physique et en même temps être tout à fait dramatique dans une autre scène. C'est vrai pour New Generation et les meilleurs Disney et Pixar. Donc pour répondre à votre question, on verra sûrement plus de drames à l’avenir, mais même si selon moi les meilleurs drames peuvent bénéficier d'un peu d'humour. 

Durant votre présentation, vous n’avez pas du tout évoqué les suites Spider-Man : New Generation qui sont en chantier…
Et je ne vous en parlerai pas non plus (sourire). La ligne officielle est que le spider-verse est un grand univers avec beaucoup de personnages et d'endroits à visiter... Et on a très envie d'explorer toutes ces possibilités.