Michael Haneke : "Si on fait du drame, il faut fâcher les gens"

Happy End Isabelle Huppert

Rencontre avec le cinéaste autrichien autour de son Happy End

Happy End fonctionne un peu comme un jeu de pistes et…
Un quoi ? Un “jeu de pistes” ? Qu’est ce que c’est ?

Disons que, de manière assez joueuse, vous nous sommez de chercher la nature du film à mesure qu’il avance…
Oui...

Et vous ne la révélez qu’aux deux tiers…
Oui, c’est plutôt agréable ça non ? Ce qui m’amuse c’est de jouer avec votre intelligence. Quand je vais au cinéma ça me fait plus plaisir d’avoir du travail devant un film que si l’on me donne tout sur un plateau. Sinon c’est de la télé.

A l'intérieur de ce premier jeu s’en loge un autre, qui consiste à truffer Happy End de références assez explicites à votre filmo.
On me dit ça, oui. Ce n’était pas conscient, honnêtement. C’est vrai que le personnage de Jean-Louis Trintignant ressemble un peu à celui qu’il jouait dans Amour... mais pfff, c’est juste que je traite toujours le même sujet. Mon univers est très limité, ahaha. Je rigole mais c’est vrai. En télé on trouve un thème dans une salle de réunion et on en fait un film - c’est à dire qu’on creuse un cliché idiot du début à la fin, quel ennui. Moi je parle uniquement de ce que je connais parce que j’aime la précision, donc on peut avoir la sensation que je me répète. Tant pis. On reprochait ça aussi à Bergman ou à Bresson, moi je trouve que c’est une qualité d’avoir un univers.

Bon, le film étant une comédie il détonne quand même pas mal à l’intérieur de votre oeuvre.
Ahah, oui on me dit ça aussi, que le film est drôle. Ca me fait très plaisir.

Attendez, ce n’était pas fait exprès?
Si, si, un peu, c’est quand même une farce, mais pas seulement j’espère.

Quand on additionne le côté compilatoire du film à son versant farcesque, on a l’impression de vous entendre dire à vos héritiers : “Vous pouvez toujours essayer les gars, je resterai toujours plus singulier - même quand je me copie”.
Ahahaha. C’est drôle votre idée mais je ne me suis jamais préoccupé de ça. J’entends parfois les journalistes dire à propos des films de mes jeunes confrères “ça ressemble à du Haneke”, c’est parfaitement inintéressant, tout ça parce qu’il font des films en plans fixes et qu’ils aiment les plan-séquences.

Vous êtes quand même d’accord pour dire que vous avez derrière vous une sacrée horde de suiveurs, plus ou moins bons d’ailleurs ?
Oui peut-être, mais il faut se détacher de ça, comme moi j’ai essayé de me détacher de l’influence de Bresson par exemple. Je donne justement des cours dans une école de cinéma et la première chose que je dis à mes élèves, c’est ne faites pas un film à la Haneke. Ca ne donne que des choses nulles. Comme quand tout le monde voulait à un moment faire son film à la Cassavetes. Mais une fois de plus il faut arrêter de dire que les réalisateurs qui aiment les plans fixent font du Haneke, c’est trop simpliste.

Attendez, votre ne style ne se caractérise pas uniquement par l’usage des plans fixes quand même…
Quoi d’autre, dites moi ?

Déjà il y a une forme de misanthropie assez cruelle…
Misanthrope ? Ah non ça je refuse. J’aime les gens. Tous mes acteurs vous diront à quel point je les aime. Je fais des drames, je parle de choses noires comme Ibsen ou Strindberg. On parle du péché de la culpabilité, c’est ça la force du drame.

Oui mais on peut l'amener vers une forme de lyrisme aussi…
Bien sûr mais aujourd'hui tout est saturé par une grâce complètement artificielle. C’est du mensonge pour calmer les gens, leur dire que tout va bien : ça c’est méprisant, ça c’est misanthrope. Si on prend le drame pour ce qu’il est, alors il faut fâcher les gens.

Dans sa manière d’épingler une famille de bourgeois du Nord de la France, Happy End fait penser un peu à du Desplechin hardcore…
Je ne connais pas son cinéma. J’ai vu un film il y a des années, mais je ne me souviens plus du titre. Il y avait Amalric dedans...

Mince, il est presque dans tous ses films. Y a des films qui vous intéressent ici, à Cannes ?
Oui, Lanthimos. Et aussi Ostlund.

Tiens, des cinéastes dont on dit  que leurs films “ressemblent à du Haneke”...
Et bien je trouve ça flatteur.

Pour eux ?
Ahah, mais non pour moi !

Happy End : Haneke en mode mineur

Happy End de Michael Haneke est présenté en compétition au Festival de Cannes. Il sortira en salles le 18 octobre 2017.

 


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