Mia et le lion blanc
StudioCanal

Le réalisateur regrette que son film défendant les animaux sauvages ne soit pas projeté dans le pays où il a été tourné.

Avec Mia et le lion blanc, Gilles de Maistre profite de ses connaissances acquises grâce à ses documentaires pour signer une fiction à la fois familiale et militante. Son film suit donc Mia, une fillette ayant quitté l’Angleterre pour l’Afrique du Sud avec ses parents (Mélanie Laurent et Langley Kirkwood), qui adopte un lionceau, Charlie, et grandit à ses côtés. Le metteur en scène filme alors de façon impressionnante cette ado en compagnie d’un fauve, tout en offrant un message fort contre le braconnage : après deux ans passés aux côtés du lion, la jeune fille découvre en effet que son ami félin doit être vendu pour devenir un trophée de chasse. Face à une telle injustice, elle décide de se rebeller et de tout faire pour le sauver.

Afin de filmer "en vrai" la comédienne Daniah de Villiers grandissant au côté d’un lion de 11 à 14 ans, Gilles de Maistre a fait appel à Kevin Richardson. Ce zoologiste passionné a formé l’actrice en herbe, ainsi que le jeune Ryan Mac Lennan, qui joue son frère et devait lui aussi interagir avec les animaux durant un tournage étalé sur trois ans. A l’occasion de la sortie en salles de Mia, nous avons contacté le cinéaste pour mieux comprendre les enjeux ce projet hors normes, né d’un choc : la découverte du braconnage institutionnalisé, qui existe dans plusieurs réserves censées aider à la conservation des animaux sauvages, mais dont les gérants vendent en fait leurs créatures aux plus offrants, pour les tuer.

La bande-annonce de Mia et le lion blanc tease une histoire d’amitié extraordinaire

Quelle est l’origine de Mia et le lion blanc ?
Tout a démarré par un voyage en Afrique du Sud, en 2011. Je faisais une série pour France Télévisions, Les Petits Princes, on filmait des enfants élevés avec des animaux sauvages un peu partout dans le monde. Soit c’était une relation spontanée : ils avaient trouvé un bébé éléphant et décidé de vivre à ses côtés, par exemple, soit parce que les parents travaillaient dans des réserves. Dans ce cas-là, ils vivaient au milieu des animaux depuis tout petits. Il y avait un garçon dans une ferme d'une centaine de lions. On a découvert les lieux avec ma femme, qui a écrit Mia avec moi, on a filmé une dizaine de jours ce gamin qui jouait avec les lionceaux. On ne connaissait pas du tout ce monde-là, et quand ses parents nous ont expliqué qu’ils protégeaient les félins, les élevaient pour des vendre à des zoos, on les croyait. Sauf qu’on a appris plus tard qu'ils étaient pour la plupart vendus à des chasseurs, qui payent une fortune pour s’offrir un lion à assassiner. Sur le moment, je n’y croyais pas ! Ce scandale s’est mis à nous hanter, on s’est demandé comment ce petit garçon innocent allait réagir quand il comprendrait en grandissant ce qui se passait vraiment autour de lui. Le jour où il découvrirait cet énorme mensonge. C’est horrible, et c’est ce choc qui nous a donné l’idée de Mia.

C’est là que vous avez rencontré Kevin Richardson ?
Non, à ce moment-là, je ne le connaissais pas encore. Enfin, seulement de réputation. Je savais qu’il soignait des lions et des hyènes, qu’il rentrait dans leur enclos, pouvait les toucher, jouer avec et même panser leurs blessures sans les endormir. J’avais pris conscience de cette réalité, je m’intéressais au sort des lions et je l’ai contacté environ un an après la diffusion des Petits Princes, pour tourner un documentaire sur lui, toujours pour France 2, qui s'appelle L'Homme qui murmure à l'oreille des lions. Je lui ai parlé de cette ferme et il m’a ouvert les yeux, il m’a dévoilé tout le business qui se cachait derrière ce type de réserve soi-disant de conservation : chaque lion coûte entre 5 000 et 50 000 euros, cela crée une véritable économie autour du braconnage. Le pire, c’est que c’est légal ! Je lui ai parlé de nos idées pour le film, je lui ai posé toutes les questions qui me passaient par la tête, et il a accepté de participer.

Mia et le lion blanc : Les scènes où Mia joue avec le félin adulte sont à couper le souffle [critique]

Vous avez préféré filmer cette histoire sous forme de fiction, et non de documentaire.
Oui, parce qu’on voulait miser à la fois sur l’aspect émotionnel et sur le côté spectaculaire. Filmer un enfant en compagnie d’un lion, c’est du jamais vu ! Ca demandait une durée de tournage exceptionnelle, une surveillance et des conseils quotidiens de Kevin de son équipe spécialisée dans les fauves. Quand on a proposé l’idée à StudioCanal, ils auraient pu prendre peur, mais ils ont adoré ! Ils ont tout de suite compris que ce serait à la fois une aventure familiale, originale, et diffusant un message fort sur la nature et l’environnement. Ils nous ont soutenu et on a pu déménager avec nos acteurs en Afrique du Sud, afin de tourner régulièrement pendant trois ans. D’ailleurs, ils ne s’y sont pas trompés : quand on a commencé à montrer le film, on a tout de suite vu que l'aspect "tournage en vrai" touche les gens, on voit les spectateurs qui sursautent, qui sont très impliqués. Ce n’est pas documentaire, mais on ressent une certaine authenticité. Concernant le message, on s’est servi des outils grands publics pour éveiller les consciences. On invite ainsi les spectateurs à faire des dons à la fin. D’habitude, on voit plutôt cela dans des docus, c’est vrai, mais ça fonctionne aussi sur ce projet. Les chiffres que l’on donne sur la disparition massive des lions ces dernières années, c’est très fort, ça marque les esprits.

Vous avez aussi voulu vous adresser principalement aux enfants en insistant sur la relation entre la fillette et le lion. En les montrant en train de grandir ensemble.
Exactement. Les gens y vont en famille, les petits en parlent avec leurs parents après, c’est ce qu’on cherchait. Toucher les plus jeunes, c’est crucial. On le montre d’ailleurs dans des écoles, et ça marche bien. On a gagné le prix de Mon Premier Festival, en octobre dernier, dont les votants avaient une dizaine d’années. Puis à celui de Sarlat quelques semaines plus tard, on a pu en parler avec des lycéens, c’était intéressant de voir que même en étant plus grands, ils se projetaient aussi dans Mia. Idem à l’international : on a vendu le film en marge du dernier festival de Berlin, et son originalité a plu. Son côté universel, aussi. On a montré un making-of détaillant comment on avait filmé Daniah et le lion adulte, ça a bluffé les distributeurs. Il a été acheté partout… sauf en Afrique du Sud. C’est regrettable, car c’est dans ce pays que les choses doivent changer. L’Etat soutient la chasse, c’est un business qui rapporte beaucoup d’argent. Il n’y a pas que les lions : les girafes, les éléphants… c’est terrible. Les gens en parlent davantage aujourd’hui, mais beaucoup restent surpris de l’ampleur du phénomène en voyant Mia. Ils sont aussi choqués que ce soit légal. Notre film dénonce ça tout en insistant sur l’aspect émotionnel, puisqu’on le découvre à travers les yeux de cette jeune fille.

Après cette expérience exceptionnelle, vous comptez continuer dans cette voie ou revenir au documentaire plus traditionnel ? 
Je vais alterner entre les deux en tournant une nouvelle fiction dans la lignée de Mia, ainsi qu’un docu sur des enfants qui veulent changer le monde. Mon prochain film s’intitule Le Loup et le Lion, on le tourne avec Kevin au Canada et il reprend un peu le principe de celui-ci, sauf qu’il suit un bébé loup et un bébé lion qui sont "frères de lait" et grandissent ensemble. Ce sera aussi une fiction inspirée par la réalité. 
Le docu parlera d’enfants militants. J’avais filmé Le Premier cri pour le cinéma, qui racontait la naissance de plusieurs bébés aux quatre coins de la planète. Dans le même esprit, je parcours le monde pour filmer des jeunes venus d’un peu partout qui rêvent de changer les choses et soutiennent une idée concrète, aident une cause. 

Bande-annonce de Mia et le lion blanc, qui sort cette semaine au cinéma :