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Attention, article garanti 100% spoiler, ne le lisez pas si vous n’avez pas encore vu Le Réveil de la Force.

Nous profitons de la diffusion du Réveil de la Force, demain soir sur TF1, pour republier nos papiers critiques sur le blockbuster de J. J. Abrams. Celui-ci fonctionne en duo avec celui-là :

Ce qui cloche (un peu) dans Star Wars VII

Han Solo super star

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J.J. avait 11 ans en 1977 ce qui signifie surtout qu’il en avait 17 en 1983. Par définition, il fait donc partie des déçus de la première heure, ceux qui n’ont pas attendu la Menace fantôme pour en vouloir à George Lucas mais qui se sont pris en pleine figure la déception régressive du Retour du Jedi. Le crime principal de Lucas, à l’époque : traiter Han Solo comme un personnage périphérique, éloigné (y compris géographiquement) du drame shakespearo-atridesque en train de se jouer chez les Skywalker.
Bien décidé à y remédier, Le Réveil de la Force fonctionne avant tout comme réhabilitation de Solo : grâce à son histoire d'amour avec Leia, il est désormais le gendre de Dark Vador (qui pourrait lui dire la phrase culte « je suis ton beau-père ») et le papa d’un gamin tourmenté par le côté obscur (Adam Driver réussissant ici tout ce que Hayden Christensen ratait systématiquement il y a dix ans). D’un seul coup (et ça, personne ne l’avait vu venir), Solo est concerné au premier chef par les problématiques œdipo-mythologiques starwarsiennes, il en est même le centre et l’enjeu. Et c’est beau. Prenant ses responsabilités, Harrison Ford (qui cachait bien son jeu dans ses films récents où l’arthrite semblait le condamner à jouer assis) cavale dans tous les coins, sort des punch lines parfaites et anime les scènes d’action avec entrain et conviction, avant de rejoindre Alec dans le Guinness book des plus belles morts de Star Wars. Bravo.

Notre critique du Réveil de la Force

Le visage de Mark Hamill
Une fois Solo tombé de la passerelle, le film patine un peu. Il y a même un instant de panique : comment se relever après ÇA. J.J. emballe ce qu’il peut avec une bataille spatiale et des sabres laser, mais le film devient quelque peu orphelin. De fait, Lucas destitué, Han Solo transpercé, Vador et Obi-Wan morts depuis longtemps, il n’y a plus de pères fondateurs. Heureusement, il y a le « fils fondateur », celui dont le visage cabossé par les années peut enfin rejoindre le Mont Rushmore des « grands anciens ». En un seul plan, rempli de larmes et de douleur intérieure, on comprend que Luke est désormais l’ultime dépositaire de l’héritage starwarsien, lui, le dernier des Jedi, lui qui a la chance poétique d’être incarné par un acteur qu’on n’a pas vu vieillir (contrairement à Harrison Ford), un acteur au visage marqué mais beau comme un Dieu, avec sa petite barbe et ses cheveux mi-longs iconiques. C’est très émouvant.

John Boyega n’est pas un clone

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On l’a dit : dans ce film, Han Solo tire systématiquement le premier. L’autre grand bras d’honneur à George Lucas consiste à avoir choisi de faire d’un Stormtrooper repenti l’un des héros de cette nouvelle trilogie. Un Stormtrooper repenti ? Donc joué par Temuera Morrison ? Eh bien non : ledit Finn n’est pas un clone mais un des enfants « enlevés à la naissance pour en faire des soldats, beaucoup plus efficaces que les clones » nous explique-t-on au début. Ceci est la SEULE référence du Réveil de la Force aux épisodes I, II et III, et elle consiste à dire ouvertement à l’écran que J.J. estime que ce n’était pas une super idée et qu’on n’en tiendra donc pas trop compte à l’avenir. Un petit taquet à papa George, en passant, sous les hourra de toute une génération.

Lire notre interview de John Boyega

La première scène de Faucon Millenium
On peut dire ce qu’on veut sur les scènes d’action selon J.J. (qui n’ont jamais été son fort), il emballe à la perfection la « résurrection » du Faucon Millenium, avec une apprentie pilote (Rey) aux commandes et un apprenti artilleur (Finn) au poste de tir, qui semblent apprendre en direct à jouer à Star Wars. Située dans des décors géniaux d’épaves de vaisseaux et stations spatiales (courtesy of Mr Rick Baker), c’est sans doute la scène la plus jouissive du film, la plus inspirée en termes de découpage et de vision, un vrai grand moment d’excitation starwarsien dans un film qui fonctionne sinon plutôt au clin d’œil, à l’humour et à l’émotion nostalgique. Si vous trouvez qu’on utilise un peu trop le néologisme « starwarsien » dans cet article, il faudra vous y faire, on prévoit son entrée dans le dictionnaire avant 2025.

L’humour

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Bon voilà : l’épisode IV était un film fun, c’est-à-dire divertissant et rigolo. Le duo C3-PO / R2-D2 était amusant, Han Solo était tordant, le film était bourré de morceaux de comédie. Il y en avait encore quelques-uns dans l’Empire contre-attaque, malgré le sérieux global de l’entreprise, et puis c’est tout. A partir du Retour du Jedi, l’humour de Star Wars n’avait plus que deux horizons : le comique de crèche (régressif, pipi caca, ewoks, Jar Jar) ou le sérieux constipé (Anakin, Amidala, le Sénat et le Conseil des Jedi). J.J. sonne le réveil de la farce et des bonnes réparties, bien placées, bien dosées, bien senties, et bien distribuées entre Solo, Finn (parfait) et Poe Dameron (Oscar Isaac, impec, même si sous-utilisé). Depuis 1983, à chaque fois qu’il y avait un gag on s’enfonçait douloureusement dans son siège. Dans le Réveil de la Force, à chaque fois qu’il y a un gag, on rit…

Skywalker contre Skywalker
A moins d’imaginer que ce vieil ermite de Obi-Wan ait fait des enfants dans notre dos, il semblerait bien que tout soit installé pour que la bondissante Rey soit la (digne) fille de Luke. Voilà qui manquerait un peu d’imagination (tout le monde étant l’enfant ou le parent de quelqu’un dans cette fichue saga) mais qui aurait le mérite de lancer la nouvelle trilogie sur les bases d’un duel annoncé « fils de Leia contre fille de Luke », un match Skywalker contre Skywalker du plus bel effet. Pour « rétablir l’équilibre de la Force » quoi de mieux que d’imaginer le combat entre les deux héritiers de la dernière lignée Jedi, cousins germains mais ennemis intimes, qui auraient qui plus est deux films pour apprendre à se servir de leurs sabres lasers (parce que pour l’instant, c’est pas trop ça). Une bien belle idée.

Le Réveil de la Force : Un nouvel espoir pour la saga

C’est le troisième meilleur de la saga

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Il est vrai que ce n’était pas trop dur. Mais de fait, c’est ce qu’on pouvait espérer de mieux. L’Episode VII est bel et bien le meilleur depuis les deux seuls qui comptent vraiment. Le nouveau classement (officieux mais réaliste) : 1/ L’Empire contre-attaque, 2/ Un nouvel espoir, 3/ Le Réveil de la Force, 4/ Le Retour du Jedi, 5/ La Revanche des Sith, 6/ L’Attaque des clones, 7/ La Menace Fantôme.

Comment voir la saga Star Wars

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