Première
par Frédéric Foubert
Quand il ne joue pas les seconds rôles mutiques et flippants dans les blockbusters américains, Mads Mikkelsen aime aller se ressourcer auprès de sa bande de copains des Bouchers verts et de Riders of Justice, le réalisateur Anders Thomas Jensen et l’acteur Nicolaj Lie Kaas. C’est sans doute là que palpite sa vérité d’acteur, loin des caricatures de sociopathe marmoréen dans lesquels l’industrie US aimerait bien l’enfermer. Le personnage qu’il compose ici a en tout cas un parfum d’inédit. Soit Manfred, un homme souffrant de trouble dissociatif de l’identité et persuadé qu’il est John Lennon, même si son look – cheveux bouclés, polo rentré dans le pantalon, lunettes rectangulaires – n’a franchement rien de lennonien. Le film démarre quand Manfred/John Lennon voit ressurgir dans sa vie son frère braqueur de banques, qui l’embarque avec lui à la recherche d’un magot enterré près de leur maison d’enfance, aventure qui va les emmener à excaver au passage des secrets de famille bien enfouis eux aussi, tout en croisant la route d’une poignée d’individus farfelus – dont un psy obsédé par les magasins IKEA et un musicien malade prénommé George-Paul, qui se prend alternativement pour George Harrison et Paul McCartney… Le mélange de polar brutal et de comédie zinzin de The Last Viking ne fonctionne qu’à moitié, mais le film, en s’arrimant à la candeur fêlée du personnage de Manfred, raconte néanmoins de jolies choses sur les chemins très tortueux qu’il faut parfois emprunter pour guérir de ses traumas, et échapper aux identités figées. Est-il utile de préciser que malgré le mot « viking » dans le titre et la présence de Mikkelsen en tête d’affiche, tout ceci n’a absolument rien à voir avec le Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn ?