Première
par Thierry Chèze
D’un Cannes, l’autre ou plus précisément d’une Quinzaine des cinéastes l’autre. En mai 2025, on y avait découvert l’épatant Les Filles Désir, dans lequel Pricia Car bousculait les clichés sur les rapports hommes- femmes chez les jeunes des quartiers populaires en s’appuyant sur sur des personnages féminins aussi fort que complexes. Les Filles désir résonne fort avec ce Shana, premier long en solo de Lila Pinell, dont on avait aimé Kiss & cry (2017) co-signé avec Chloé Mahieu, teen movie atypique qui captait avec une vérité rare la transition vers l’âge adulte d’une jeune patineuse artistique. Car ici aussi un personnage féminin tonitruant et bousculant les clichés, se trouve au centre du jeu. Cette Shana affrontant tant bien que mal les galères du quotidien, mêlant gros soucis financiers et relation toxique avec son mec tout juste sorti de prison. Shana fonctionne selon le même principe que le récent Marty Supreme : tout problème résolu en déclenche instantanément des dizaines d’autres façon brèches de plus en plus impossibles à colmater. Il y a du rythme et de l’énergie à revendre dans Shana, celle de l’irrésistible Eva Huault qui en tient magistralement le rôle principal. Mais Lila Pinell sait aussi poser les choses, créer des moments plus intimes, plus posés et plus poignants qui donnent du relief à cette comédie tourbillonnante mais remarquablement maîtrisée.