Première
par Thierry Chèze
Maspamolas qui donne son titre au nouveau film de Aitor Arregi-José Mari Goenaga (Une vie secrète), multi-nommé aux derniers Goyas (dont il est reparti courronné du prix du meilleur acteur plus que mérité pour Jose Ramón Soroiz) est une petite ville des Canaries connue comme un lieu de drague prisé par la communauté homosexuelle. Un véritable paradis sur Terre pour Vicente, septuagénaire qui s’y est installé à la retraite pour rattraper le temps perdu. Ces longues années où ce père de famille n’avait pas pu s’assumer comme gay avant de couper les ponts avec sa famille et en particulier sa fille qu’il a dès lors cessé de voir. A 76 ans, le corps chez lui continue à exulter et rien ne semble pouvoir assombrir ce dont il n’avait sans doute même jamais osé rêver. Jusqu’au jour où brutalement, l’insouciance va prendre fin après un AVC lors… d’une partie à trois avec son compagnon et un amant de passage. Soudain, Vicente fait plus que son âge et se retrouve placé par sa fille dans une maison de repos dont il n’aura dès lors qu’une obsession : s’évader.
Débutant de manière très crue dans une ambiance à la Guiraudie de L’Inconnu du lac, Maspalomas se mue alors en mélodrame intime. Le duo Arregi-Goenaga brille autant à filmer les corps qui exultent – chose rarissime sur grand écran dès qu’il s’agit de la sexualité du troisième âge – que les face à face rudes entre un père et une fille qui ne s’est jamais remise de son abandon du foyer. Et il parvient à faire résonner la violence ressentie par cet homme à se retrouver de nouveau enfermé dans un placard dont il s’était libéré et celle vécue par sa fille qui lui reproche un égoïsme dévastateur. Un film aussi cru que délicat qui, tout comme le récent Jim Queen, raconte les feux encore mal éteints des préjugés et tabous qui continuent à entourer l’homosexualité