Première
par Frédéric Foubert
On sort de ce film complètement rincé. Groggy, les jambes qui flageolent. On s’est pourtant contenté de rester assis à admirer deux heures durant les bastons amoureusement mises en scènes par Kenji Tanigaki, coordinateur cascades et chorégraphe star du cinéma hongkongais, fidèle compagnon de route de Donnie Yen. Mais The Furious procure une telle sensation physique que son spectateur lui-même finit sur les rotules. C’est un film de pur plaisir, d’une générosité presque délirante. Le scénario, griffonné sur un ticket de métro, n’essaye à aucun moment de prétendre à la sophistication et assume au contraire glorieusement son pedigree bis. Un journaliste (Joe Taslim) et un homme muet dont la petite fille vient d’être enlevée (Mo Tse), enquêtent sur un réseau de trafiquants d’enfants. Les deux associés remontent la filière, de carrés VIP de boîtes de nuit interlopes en entrepôts glauques. Et brisent pas mal d’os au passage, au fil de combats hallucinants, extraordinairement chorégraphiés, de plus en plus abstraits au fur et à mesure qu’avance le récit et au cours desquels, quand les poings ne suffisent plus, tout un tas d’objets (arcs, marteaux, motos, blocs de glaces) servent de supplétifs létaux. The Furious file comme une flèche et ne prétend pas à la dimension réflexive et théorique d’un City of Darkness, la récente ode de Soi Cheang à l’âge d’or du cinéma HK. Il vise avant tout la jubilation, et parvient superbement à ses fins. Après le passage de Chad « John Wick » Stahelski derrière la caméra, on pourra se demander si les super coordinateurs cascades d’hier font les grands cinéastes d’action d’aujourd’hui. Un bon sujet de dissertation, qu’on se garde pour plus tard. Parce que là tout de suite, c’est l’heure de la récré.