Cannes jour 4
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Tous les jours, le point à chaud en direct du 79e festival de Cannes.

Le film du jour : Soudain de Ryūsuke Hamaguchi (en compétition)

On pensera ce qu’on voudra du nouveau long de l’auteur japonais de Senses ou de Drive My Car (ici délocalisé en France), mais il parvient au bout de deux heures à nous scotcher avec une partouze “de pieds” dans le jardin d’un EHPAD parisien. Des personnes âgées séniles entrelacés retrouvent, en effet, un équilibre en frottant les orteils de leurs voisins. Pour arriver à cet hédonisme sénior absolument revigorant, il a fallu intégrer la logique d’un film à cheval entre Lelouch et Bourdieu où les bons sentiments se lovent dans une conscience politique aiguë du monde. Car si le capitalisme segmente les forces par nature, l’humanisme vantée par la directrice de l’EHPAD en question (Virginie Efira passant du français au japonais avec une facilité déconcertante) entend au contraire abolir ce fossé qui sépare les soignants des patients.

Ce chemin sera possible pour elle grâce à sa rencontre avec une metteuse en scène japonaise (Tao Okamoto). Comme dans Drive My Car, le théâtre tient lieu de catharsis. Et c’est d’abord par la représentation que la pensée du récit s’élabore et se construit. Soudain, certes hanté par la mort, s’accroche à la vie avec une sincérité désarmante. Le film est une réponse à notre époque guerrière et mortifère, un cri lancé à la face du défaitisme. Cet éloge à la bienveillance peut épuiser voire faire sourire, elle nous renvoie surtout à notre cynisme de spectateur cannois. Nul doute que l’expérience sera plus profitable que celle des derniers Lelouch (Finalement) ou Costa Gavras (Le dernier souffle) qui sur un thème identique cherchaient en vain à sacraliser bêtement la solennité supposée des derniers instants.

Porté par un sens de la mise en scène assez fascinant mais un scénario poussif, le film d’Hamaguchi creuse, cherche et finalement rassemble des morceaux d’existences à priori condamnées. Rien de tel donc qu’une partouze pour réenchanter tout ça ! Au moment où l’on voudrait se moquer, une crotte de pigeon atterrit sur le front de Virginie Efira. A-t-on rêvé de ce film ? L’a-t-on subi ? Est-il ridicule ou génial ? Tout ça à la fois, peut-être.                 

Virginie Efira chez Ryusuke Hamaguchi dans Soudain
Cine France Studios

La Palme d’or du jour : John Travolta

Et hop, une Palme d’or d’honneur de plus ! “Surprise”, celle-là, contrairement à celle remise à Peter Jackson lors de la cérémonie d’ouverture, et celle que recevra Barbra Streisand le soir de la clôture. La Palme d’or d’honneur surprise est en train de devenir une vraie petite tradition cannoise, après celle de Tom Cruise en 2022 et celle de Denzel Washington l’an dernier. Plus très surprise, donc. John Travolta n’a d’ailleurs pas très bien joué l’étonnement quand Thierry Frémaux lui a annoncé la nouvelle, et que Didier Allouch est arrivé sur scène avec le présent dans les bras, juste avant la projection du tout premier film en tant que réalisateur de la star de Pulp Fiction et La Fièvre du samedi soir.

Travolta est un grand acteur, bien sûr, une immense icône du cinéma, personne ne dira le contraire, surtout pas après le montage d’extraits de ses films, totalement électrisant, qui a été montré au public de la salle Debussy. Et en mise en scène, alors, comment se défend-t-il, Travolta ? Hum… Pour ne pas gâcher la fête, nous ne nous attarderons pas trop sur Vol de nuit pour Los Angeles, un film d’1 heure et 1 minute confondant de naïveté, dans lequel le comédien notoirement fan d’aviation se remémore son tout premier voyage en avion, quand il était petit, une nuit de 1962.

Un choc fondateur raconté dans une sorte d’énumération hypermnésique à la Georges Pérec, un Roma miniature et maladroit, où Travolta vante la beauté du design des avions à réaction sixties et la magnificence des plateaux-repas qu’on servait à cette époque aux baby-boomers en culottes courtes. Le film est parcouru par un running-gag pas très drôle sur les cordons-bleus, qui est un peu aux répliques légendaires de l’acteur sur les Big Mac ce que Vol de nuit pour Los Angeles est à Pulp Fiction, et les Palmes d’or d’honneur surprise aux vraies Palmes d’or.

La vidéo du jour : Adam Bessa pour Histoires parallèles (en compétition) 

Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney sont les stars d’Histoires parallèles. Mais le pilier du film est sans doute Adam Bessa, révélé en 2024 dans Les Fantômes et qui confirme ici tout le potentiel qu’on avait entrevu. L’acteur franco-tunisien nous raconte cetfe expérience marquante dans sa jeune carrière : travailler sous la direction du grand cinéaste iranien Asghar Farhadi. 

L’héroïne du jour : Nora dans Viva (Semaine de la Critique)

Depuis son arrivée à la tête de la Semaine de la Critique en 2022, Ava Cahen a su façonner des sélections qui questionnent le féminin, le masculin, les rapports hommes-femmes. Nora, l’héroïne de Viva, le premier long de l’espagnole Aina Clotet se rajoute à la galerie de personnages de femmes complexes, passionnantes car riches en contradictions qui ont défilé sur le grand écran de la salle Miramar depuis 4 ans. Et plutôt sur le haut de la pile.

Interprétée par la réalisatrice, Aina, chercheuse en biologie, atteint la quarantaine en pensant avoir enfin terrassé ce cancer qui lui a valu l’ablation du sein droit. Jusqu’à ce qu’un examen de contrôle révèle une possible nouvelle tumeur qu’on lui suggère expressément de faire analyser. Mais Ana va refuser cet examen. Préférer le doute à la certitude. Bouffer la vie – personnelle comme professionnelle - qui lui reste au cas où elle serait brève.

Elle vivra ainsi une passion dans les bras d’un jeune amant de 20 ans son cadet et se rebellera contre ceux qui l’ont pourtant entourée – son mec, sa mère, son père – devenus sources d’oppression à leurs corps plus ou moins défendant. Et le ton du film, évoluant en permanence entre gravité et loufoquerie (dont une scène d’amour et… de vomi qui renvoie Ruben Östlund à la catégorie des petits joueurs) suit sa quête infinie de liberté. A la vie, à la mort.

Viva
Haut et court

La musique du jour : les sons de ROB pour Sanguine (Séance de Minuit)

Une basse qui cogne, des nappes qui se contractent : Rob a composé pour Sanguine une musique qui résonne comme un pouls. Marion Le Corroller a en effet confié son premier long à l'homme qui sait faire saigner les synthés - Maniac, Revenge, Le Bureau des Légendes - et le résultat… pulse.

Ce n’est pas une partition, plutôt une circulation, une transe. L'électro de Rob épouse littéralement le sujet du film, ce body horror où une jeune interne sent son corps lâcher sous la pression du rendement hospitalier : la basse y bat comme un cœur sous monitoring, les nappes se contractent comme des veines, la machine respire à la place des personnages qui n'ont plus le temps de rien faire.

Rob fait ce qu'il fait le mieux, à savoir détourner l'héritage Moroder/Tangerine Dream pour le passer au scalpel. Sauf qu’ ici la pulsation prend un sens politique. Elle est l'oppression chiffrée du tableau de service, le tic-tac d'une génération essorée. Et elle est, en même temps, son envers : la teuf, la nuit, le BPM comme dernière frontière, l’endroit où battre encore veut dire vivre un peu plus. C’est finalement moins une B.O. qu'un électrocardiogramme : cool, suintant, vital. Et quand le film s'arrête, ça cogne toujours dans les tempes.


 

Le verbatim du jour : Yeon Sang-ho, le réalisateur de Colony (Séance de Minuit)

"Dès qu'on a un problème aujourd'hui, on le pose à une IA. Elle nous donne une réponse très claire, mais cette réponse n'est jamais que l'expression d'une conscience collective. Or ce dont la société a le plus besoin en 2026, ce n'est pas d'une réponse grand public et uniformisée. C'est des voix minoritaires, des avis singuliers, des réponses qui ne peuvent pas sortir de la machine. Colony est un film qui s'inquiète précisément de la disparition de l'individu dans la masse. L'IA en est le symptôme le plus visible. Mais plus globalement, dès qu'on se met à 4 ou 5, dès qu'on devient un groupe, c'est la mort de l'individualité - et donc de l'humanité. En préparant le film, j'ai fait des recherches sur les colonies biologiques. Ces organismes produisent constamment des mutants, des individus radicalement différents du groupe. Et c'est précisément grâce à eux que l'espèce survit. Biologiquement, l'individu bizarre sauve le groupe. Au fond, mes deux héroïnes sont des mutantes et mes zombies, c'est ChatGPT."

Colony
Colony/ARP

La phrase du jour : "Il y a beaucoup de films américains à Cannes cette année" (Thierry Frémaux)

Au moment de lancer la séance du sympathique Club Kid, de l’acteur et réalisateur Jordan Firstman (photo ci-dessous), l’un des représentants de la délégation US à Un Certain Regard, Thierry Frémaux a tenté de court-circuiter le refrain le plus entendu ce mois-ci dans les médias ciné (“Pourquoi les Américains boudent le festival de Cannes”), qui a l’air de le saouler gentiment. Ils sont là, les Ricains, la preuve, aujourd’hui, avec Club Kid, mais aussi Tangles, un dessin animé indie en noir et blanc produit par Seth Rogen présenté en séance spéciale, le premier film réalisé par John Travolta à découvrir sur Apple TV fin mai, et un documentaire sur John Lennon signé Steven Soderbergh. Voilà, voilà… Et sinon, le Spielberg, il sort quand déjà ?  

Club Kid
Adam Newport-Berra

L'émission du jour : Cannes 26 épisode 2

John Travolta de retour sur la Croisette, Asghar Farhadi en ouverture, les réalisatrices en lice pour la Palme d’or, et les actrices françaises qui s’imposent dans les productions internationales… Dans ce nouvel épisode de Cannes 26, la rédaction Première revient sur les grands événements, les films attendus et les tendances qui marquent cette édition 2026 du Festival de Cannes.


Aujourd’hui à Cannes 

La compétition s’emballe avec trois films présentés ce samedi sur la Croisette : Sheep in the Box d’Hirokazu Kore-eda, L'Être aimé de Rodrigo Sorogoyen et Paper Tiger de James Gray. Mémoire de fille de Judith Godrèche sera projeté à Un Certain Regard, Shana de Lila Pinell à la Quinzaine des cinéastes et Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall à la Semaine de la Critique. Les couche-tard termineront la journée avec Full Phil, le Quentin Dupieux avec Kristen Stewart et Woody Harrelson, en Séance de Minuit.

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