Première
La Grève est un film parlé ; un film en forme de manifeste. La comédienne Julia Faure (Et plus si affinités) lit La Chair est triste hélas, texte signé Ovidie (2023), qui y professe sa foi en la sologamie. Depuis quelques années, la réalisatrice, journaliste et militante féministe fait la grève du sexe hétéro, refuse simulations patriacales et dictacts consuméristes, rejette “anxiété et insatisfaction permanente”. Gabrielle Stemmer signe un joli exercice de style, métrage-collage trahissant sa première vocation – le montage (Planète B) –, autant qu’un talent inné pour la composition. Au gré des archives professionnelles et amateures, se tisse un réseau de métaphores sophistiquées. On est loin de l’abstraction du film expérimental : textes et images d’archives évoluent en miroir, racontent la même histoire, redoublant la radicalité du propos. Un objet de cinéma éclair, d’un autre temps, et pourtant si moderne.
Chloé Delos-Eray